Origine et histoire de l'Église Saint-Urcisse
L’église paroissiale Saint-Urcisse de Cahors, située près des rives du Lot, est un édifice majeur illustrant la transition de l’art roman à l’art gothique en Quercy. Inscrite à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1926 et classée en totalité en 1988, elle possède plusieurs objets inventoriés dans la base Palissy. L’édifice, déjà mentionné au VIIe siècle sous la dédicace conjointe de saint Saturnin et de saint Urcisse, présente aujourd’hui une nef à trois travées flanquée de collatéraux et prolongée par une abside à trois pans; la nef voûtée d’ogives est soutenue par quatre gros piliers carrés romans ornés de chapiteaux historiés. L’église a autrefois comporté une crypte d’origine ancienne dont la voûte s’est effondrée lors de la grande inondation de 1927 et qui a été en grande partie comblée. Le portail gothique occidental, surmonté d’une rose, constitue l’accès principal ; d’anciens portails du bas-côté sud sont aujourd’hui bouchés et deux tourelles sont adossées à la façade. Le mur pignon avait été prolongé au XIXe siècle par un clocher-mur dont le surpoids et la dégradation des maçonneries ont provoqué la déstabilisation de l’édifice ; ce clocher a été démoli en 1968.
L’église dépendait anciennement de l’évêché puis, en 1188, fut acquise par l’abbaye de Marcilhac, qui aurait fait édifier l’édifice actuel sur l’emplacement d’une première église; certaines hypothèses anciennes évoquent une destruction de l’édifice antérieur sous Théodebert, mais ces interprétations restent incertaines. La régularité du plan suggère un projet global, mais des disparités stylistiques signalent plusieurs phases de chantier : le bas-côté sud et le choeur paraissent avoir été traités en premier, le bas-côté nord, légèrement plus récent, montre par le style de ses chapiteaux gothiques une datation probable au milieu du XIIIe siècle, tandis que la première travée et la façade semblent avoir été ajoutées dans un troisième temps, peut‑être au moment de l’achèvement des voûtes centrales. À la fin du XIIIe siècle ou au début du siècle suivant, le trumeau du portail fut remplacé selon un modèle inspiré de la cathédrale et des coursières furent établies alors qu’on renonçait à achever le choeur polygonal; les deux chapelles latérales nord datent de la fin du XVe ou du début du XVIe siècle.
La période moderne et contemporaine est marquée par des remaniements et des restaurations successives. Après la Révolution la paroisse fut supprimée et l’église vendue comme Bien national, puis transformée en atelier de salpêtre et magasin jusqu’au concordat, après quoi elle retrouva l’usage cultuel; au XIXe siècle des travaux et l’édification d’un nouveau clocher provoquèrent des désordres qui se sont amplifiés, nécessitant des interventions. Le XXe siècle a connu trois campagnes de restauration notables : la suppression du clocher du XIXe siècle et la consolidation de la façade dans les années 1960, la restauration du chevet et de l’élévation est de la nef en 1992–1993, puis des opérations de stabilisation et de confortation des maçonneries au début des années 2000, comprenant la pose de tirants longitudinaux en fibre de carbone, la mise en place de pinces en résine et des injections de coulis; la couverture de la nef a été refaite en 2010. La crypte a partiellement été dégagée lors d’interventions archéologiques en 1993, mais la plupart de son volume reste encore comblé et l’édifice nécessite d’autres travaux de consolidation et de restauration des couvertures.
Sur le plan architectural, l’organisation intérieure conserve des éléments romans et gothiques : les collatéraux se terminent aujourd’hui par des murs droits tandis que le vaisseau central débouche sur l’abside polygonale; au nord du sanctuaire se trouvent la sacristie et une annexe qui étaient autrefois des chapelles, la communication entre chapelles et chœur ayant été assurée par des arcades. Les combles des bas-côtés conservent des vestiges et un important entassement de décombres issus des remaniements; l’escalier en vis de la tour nord, rehaussé au XIXe siècle, débouche dans ces combles, et bien que la charpente de la nef ait été restaurée en 2010, l’accès demeure interdit pour raisons de sécurité. La crypte, accessible depuis la cour de la sacristie par deux volées d’escalier, présente une salle voûtée en berceau dont l’extrémité est encore en grande partie enfouie sous les remblais.
La sculpture de l’église révèle des productions diverses : dans le collatéral sud deux groupes de chapiteaux se distinguent, l’un historié — Vierge à l’Enfant, Adam et Ève, Baptême du Christ, Crucifixion —, l’autre ornemental avec feuillages stylisés, tandis que certaines pièces traduisent l’intervention d’un autre atelier par des traitements différents. Dans le collatéral nord, les chapiteaux adoptent un vocabulaire résolument gothique avec des feuillages naturalistes (figuier, chêne, vigne) ; on y relève un chapiteau à vigne semée de grappes et, sur la colonne en culot à l’entrée nord du chœur, un chapiteau historié représentant la Vierge de la Chandeleur, entourée d’anges et accompagnée de figures qui pourraient renvoyer à des donateurs. Aujourd’hui l’église est fermée au public pour des raisons de sécurité et reste accessible uniquement par la façade ouest, l’ampleur des désordres impliquant la poursuite d’opérations de consolidation et la restitution future de la crypte.