Origine et histoire de l'Église Saint-Vaast
L'église Saint‑Vaast d'Angicourt, paroissiale et située dans l'Oise, présente un plan globalement cruciforme mais marqué par quelques dissymétries à l'est. L'édifice, entièrement bâti en pierre de taille, résulte de campagnes de construction successives identifiables par le style et les élévations ; on y distingue des vestiges romans tardifs et des ensembles gothiques datés des XIIe et XIIIe siècles. Le clocher, implanté à la croisée du transept, pourrait constituer la partie la plus ancienne ; la nef, formée de deux travées doubles flanquées de bas‑côtés, ainsi que le transept et le chœur appartiennent à la phase gothique des années 1170‑1180 et ont été remaniés au milieu du XIIIe siècle. La nef se caractérise par un voûtement sexpartite rare dans les églises rurales et par une élévation bipartite composée de grandes arcades en tiers‑point et de fenêtres hautes en lancettes, contrebutée par une série d'arcs‑boutants. Les supports alternent vigoureusement piles monostyles et piles composées ; leurs chapiteaux portent de larges feuilles d'eau recourbées en crochets. Vers le milieu du XIIIe siècle, le croisillon nord fut réuni au chœur par l'adjonction d'une vaste chapelle orientée, aboutissant à un chœur‑halle de deux fois deux travées, éclairé par de très grandes baies à remplage typiques des années 1240‑1250. Le porche occidental est contemporain de cette campagne. La chapelle orientée au sud conserve des ouvertures en plein cintre et une voûte sur croisée d'ogives au profil ancien. À l'extérieur, la façade occidentale et les murs gouttereaux de la nef restent sobres : corniches de feuilles, lancettes simples et contreforts scandés par des glacis soutenant des arcs‑boutants ; la façade est dominée par le porche et un cadran solaire discret. Le clocher se signale par ses baies géminées élégamment compartimentées en lancettes tréflées et mouchettes, bordées d'archivoltes et de colonnettes à chapiteaux de feuillages. L'orientation de l'église est légèrement irrégulière et les toits des bas‑côtés, aujourd'hui en appentis, ont partiellement obstrué la partie inférieure des baies hautes de la nef.
L'intérieur révèle une organisation des supports originale : entre deux travées barlongues la retombée des ogives s'appuie sur des faisceaux de colonnettes tandis qu'entre d'autres travées elle se fait sur de gros piliers cylindriques munis de chapiteaux lourds. Dans le chœur et le transept du XIIIe siècle, le nombre de colonnettes répond précisément au nombre des nervures et les doubleaux étaient à l'origine triples ; la pile composée centrale du chœur‑halle, fragilisée au XVIe siècle, a dû être reprise en sous‑œuvre. Le croisillon sud conserve une niche à dais et, autrefois, des peintures murales du XIIIe siècle représentant le Christ juge et un évêque, aujourd'hui disparues, ainsi qu'une statue dite de saint Louis du XIIIe siècle.
L'église possède un mobilier notable, dont plusieurs éléments sont protégés par les monuments historiques : une cuve baptismale en pierre calcaire du XIIe siècle, un autel ancien en pierre de la chapelle latérale nord également attribué au XIIe siècle, une statue de saint Louis du XIIIe siècle, un fragment de retable du XVIe siècle, une Vierge de douleur en pierre datée du XVe siècle, un Christ en croix en bois possiblement du XVe siècle, une grande croix d'autel polychrome attribuée au XVIIe siècle et une Vierge à l'Enfant en bois du XVIIIe siècle. Certains de ces éléments ont été classés dès 1862 ou inscrits ultérieurement, tandis que la peinture murale classée a aujourd'hui totalement disparu.
Classée parmi les monuments historiques par la liste de 1862, l'église a pourtant connu un long état d'abandon avant des campagnes de restauration : des travaux menés en 1907 sous la direction de l'architecte H. Chaine, des réparations imposées par les dommages de la Première Guerre mondiale et une restauration approfondie entre 1920 et 1938 dirigée par A. Collin. Des bombardements durant la Seconde Guerre mondiale endommagèrent encore la toiture et les charpentes, réparées rapidement sous la conduite de Pierre Paquet. Aujourd'hui l'édifice conserve l'essentiel de ses structures médiévales et un ensemble mobilier riche qui témoigne de son histoire ecclésiastique et architecturale.