Origine et histoire de l'Église Saint-Valentin
L'église Saint-Valentin de Jumièges, située dans le département de la Seine-Maritime en Normandie, fut édifiée à partir de la fin du XIe siècle jusqu’au début du XIIe siècle, à l’initiative de l’Abbaye Saint-Pierre de Jumièges. Ce projet visait à résoudre les tensions entre laïcs et religieux, qui partageaient auparavant un même lieu de culte. La construction de la nef romane, voûtée et dotée de deux bas-côtés, reflète une architecture sobre et rustique, typique de l’époque. Au XVIe siècle, le chœur fut reconstruit en style Renaissance, bien que les travaux restèrent inachevés par manque de financements. L’édifice devint paroissial après la Révolution française et fut classé monument historique en 1918.
Une légende locale attribue à saint Valentin, prêtre romain martyrisé sous Claude II le Gothique, la protection des habitants de Jumièges contre les rats, la famine et les maladies. Cette figure mythique ajoute une dimension symbolique à l’histoire de l’église, bien que son lien avec le monument relève davantage de la tradition orale que de faits historiques avérés.
La nef, datée du XIIe siècle, se distingue par ses six travées et ses deux niveaux, tandis que les bas-côtés abritent des statues de saints, comme Saint Ouen, Sainte Apolline ou Saint Sébastien. Les fonts baptismaux octogonaux, introduits au XIVe siècle, sont accompagnés d’un rare bas-relief du XVe–XVIe siècle représentant un angelot tenant une robe baptismale. Le chœur, inachevé, compte neuf travées et un autel en marbre provenant de l’abbaye de Jumièges, surmonté d’un lutrin en forme d’aigle, symbole de Saint Jean l’évangéliste.
Le transept, autrefois surmonté d’une tour lanterne similaire à celle d’Yainville, fut couvert d’une charpente en bois au XVIIe siècle. Le déambulatoire, séparé par des colonnes cylindriques, donne accès à huit chapelles rayonnantes, dont celle de Saint Jean-Baptiste, seule achevée avec un fenestrage complet. Parmi les œuvres notables, on trouve un retable du XVIIe siècle dans la chapelle Saint Joseph, une toile attribuée à Raffaello Vanni dans la chapelle du Château, et des vitraux des XVe–XVIe siècles, comme celui représentant Moïse recevant les Tables de la Loi.
Enfin, le cimetière entourant l’église abrite les tombes de deux soldats gallois de la Seconde Guerre mondiale, repêchés dans la Seine et inhumés à Jumièges. Ce détail rappelle le rôle mémoriel du lieu, au-delà de sa dimension religieuse et architecturale.