Origine et histoire de l'Église Saint-Vénérand
L'église Saint-Vénérand de Laval trouve son origine dans la volonté de François de Laval, comte de Gavre (futur Guy XV), de répondre aux besoins spirituels des habitants du Pont-de-Mayenne. En 1485, il pose la première pierre de l'édifice, motivé par l'éloignement de l'ancienne église paroissiale de Saint-Melaine, devenue inadaptée à la croissance démographique liée au commerce de la toile. Le comte offre également une relique précieuse : une partie du chef de saint Vénérand, conservée jusqu'alors dans son château d'Acquigny, pour attirer les fidèles vers ce nouveau lieu de culte.
Les travaux, financés par les dons des paroissiens et les libéralités des comtes de Laval, s'étalent sur plusieurs décennies. Dès 1490, une chapelle provisoire permet d'y célébrer des messes, tandis que les reliques de saint Vénérand y sont transférées. En 1520, la nef et les transepts sont achevés, mais des difficultés financières retardent la consécration officielle. Celle-ci intervient finalement le 20 janvier 1521, présidée par Jean Tisserot, évêque in partibus, qui bénit huit autels et le cimetière attitré. L'église, désormais paroissiale, symbolise l'essor du faubourg et la piété locale.
Au XVIe siècle, l'édifice s'enrichit grâce à la prospérité des marchands, notamment ceux commerçant avec l'Espagne. Les vitraux, comme La Crucifixion de Raoul de Nimègues (XVIe siècle), et les retables témoignent de cette opulence. Cependant, les tensions religieuses marquent aussi son histoire : en 1537, les huguenots sont chassés de Laval sur ordre royal, et leurs biens confisqués. Malgré ces troubles, les extensions se poursuivent, avec l'ajout de chapelles (comme celle de Saint-André en 1697) et l'agrandissement du cimetière.
Les XVIIe et XVIIIe siècles voient l'église s'adapter aux évolutions liturgiques et démographiques. En 1605, la Confrérie du Saint-Sacrement y est fondée, et en 1676, le service des Quarante-Heures y est instauré pour contrer les excès du Carnaval. Des incidents marquants, comme la foudre frappant l'autel en 1686 ou la pollution du cimetière en 1700, ponctuent son histoire. Au XVIIIe siècle, des reliques supplémentaires (dont celles de saint Charles Borromée en 1772) y sont déposées, tandis que des travaux embellissent le chœur et la sacristie.
La Révolution française transforme temporairement l'église en magasin à fourrage (1793-1795), avant sa restauration au XIXe siècle. Des éléments comme le jubé ou des retables sont alors modifiés ou vendus pour uniformiser le style gothique, sous l'impulsion de l'abbé Gérault. Les vitraux anciens, restaurés à plusieurs reprises (notamment en 1995), et les retables des XVIIe et XVIIIe siècles (comme celui de la Vierge, daté de 1610) subsistent aujourd'hui, témoignant de son riche passé.
Classée Monument Historique en 1975, l'église Saint-Vénérand incarne près de six siècles d'histoire lavalloise, mêlant dévotion, pouvoir comtal et vie communautaire. Ses transformations architecturales — de la flèche du XVe siècle aux chapelles baroques — reflètent les évolutions artistiques et sociales de la Mayenne, tandis que ses reliques et vitraux en font un lieu de mémoire religieuse exceptionnel.