Origine et histoire de l'Église Saint-Veran
L’église Saint-Véran d’Utelle, située dans les Alpes-Maritimes, est dédiée à saint Véran, évêque de Cavaillon considéré comme l’évangélisateur de la région au VIe siècle. Bien que son plan actuel ne soit pas typiquement roman, des éléments comme les colonnes et chapiteaux de la nef remontent au XIVe siècle, selon l’étude de Jacques Thirion. Ces caractéristiques évoquent une survivance tardive du style roman, observable dans d’autres églises du comté de Nice ou du Dauphiné, comme celles de Roquebillière ou La Tour. Une tradition locale, non confirmée par les archives, évoque une destruction partielle lors d’un tremblement de terre en 1452, suivie d’une reconstruction par le prieur Ciaudo Grimaldi, achevée en 1457. Cependant, aucun document ne corrobore ce séisme à cette date.
Les analyses architecturales révèlent une construction en plusieurs phases, avec des réemplois d’éléments anciens, comme le mur occidental du collatéral sud, dont la porte pourrait dater du XIVe siècle. Les vantaux du portail, datés de 1542, représentent la vie de saint Véran en douze panneaux, tandis que le portail lui-même, de style gothique, est estimé vers 1510. Le grand porche à l’italienne qui le précède, couvert de voûtes à liernes et tiercerons, est attribué au premier tiers du XVIe siècle. Les murs gouttereaux, minces pour supporter les voûtes actuelles (6,90 m de portée), suggèrent une couverture initiale en charpente, remplacée par des voûtes au XVIIe siècle. Cette période voit aussi une décoration « baroquisée » des parties hautes, avec une date gravée (11 mai 1651) sur le chevet extérieur, marquant probablement la fin des travaux.
Le mobilier de l’église est particulièrement riche : un panneau de l’Annonciation (vers 1540), un retable de Saint-Antoine (1771-1772) attribué au stucatore Caldero, un Christ au Tombeau en bois sculpté du XIIIe siècle, et un retable de la Passion du XVIIe siècle, mesurant 7,50 m de haut. Ce dernier, en noyer sculpté, illustre des scènes de la Passion sur trois étages, mêlant influences locales et style baroque atténué. Deux toiles liées à la maison de Savoie, datant de la fin du XVIIe ou du début du XVIIIe siècle, complètent cet ensemble. L’église, classée monument historique depuis 1963, abrite aussi des cloches classées, dont Saint-Véran et Sainte-Clotilde.
L’histoire de l’église est marquée par des figures comme Ludovic Grimaldi de Bueil, prieur et évêque de Vence (nommé en 1560), frère d’Honoré Grimaldi, comte de Bueil. Les débats entre historiens, comme Jacques Thirion et Luc Thévenon, portent sur la datation des éléments architecturaux, certains attribuant des chapiteaux au XIIe siècle, d’autres au XVIe. Les tremblements de terre de 1493 et 1564, documentés dans la vallée de la Vésubie, ont pu affecter le bâtiment, mais leur impact précis sur Saint-Véran reste incertain. Le campanile, de type roman lombard, est contemporain des premières phases de construction.
Les comptes de la fabrique révèlent des travaux majeurs aux XVIIe et XVIIIe siècles, comme la réalisation des retables et la décoration stuquée de la sacristie (1775-1776) par les maîtres Caldero et Molinaro. Le style décoratif, inspiré de la cathédrale Sainte-Réparate de Nice mais moins abouti, reflète l’influence des artistes locaux. Les fonts baptismaux (1775) et la statue de saint Véran (XVIIe siècle), coiffée d’un turban, témoignent de la vitalité artistique et religieuse de la communauté. L’église, propriété communale, reste un exemple emblématique du patrimoine religieux des Alpes-Maritimes, alliant héritages médiéval, renaissant et baroque.