Origine et histoire de l'Église Saint-Vincent
L’église Saint-Vincent de Ciboure, construite entre 1550 et 1572, incarne la volonté d’émancipation de Ciboure, alors simple quartier d’Urrugne. Les habitants, soutenus par le pape Jules III puis Paul IV, obtiennent en 1555 l’érection de leur église en paroisse, marquant un premier pas vers l’autonomie politique et religieuse. Ce projet s’inscrit aussi dans le contexte de la Contre-Réforme, où l’Église catholique multiplie les constructions pour contrer l’influence protestante dans la région.
La construction, financée par les Cibouriens pour 15 000 écus, combine fonctions religieuse et défensive, reflétant les tensions frontalières entre France et Espagne. L’édifice, achevé en 1572, est agrandi au XVIIe siècle avec l’ajout du clocher octogonal (unique au Pays basque), des chapelles latérales et des galeries typiques du Labourd. Ces modifications portent ses dimensions à 47 mètres de long, tandis que son décor baroque, influencé par l’Espagne, intègre des retables et une chaire issus du couvent des Récollets après la Révolution.
Symbole de résistance, l’église devient un enjeu pendant la Révolution : transformée en hôpital militaire en 1792, elle perd une partie de son mobilier. Le Concordat de 1801 permet la restauration du culte, mais l’église perd son statut particulier de paroisse autonome, où le curé était autrefois élu par les habitants. Classée Monument Historique en 1990, elle conserve des traces de son passé, comme les pierres tombales du parvis (ancien cimetière) ou la croix monolithique de 1760.
L’orgue, installé au XVIIe siècle et remplacé à plusieurs reprises (dernière version en 2012-2013), et le portail Renaissance de 1888, mêlant éléments anciens et ajouts néoclassiques, témoignent de son évolution architecturale. L’église reste un lieu de mémoire, notamment pour le baptême de Maurice Ravel en 1875. Son histoire reflète les luttes locales pour l’autonomie, les influences culturelles basques et espagnoles, et l’adaptation aux bouleversements politiques et religieux.
Les spécificités locales, comme les galeries réservées aux hommes ou la charpente de marine, soulignent son ancrage dans le Labourd. La dîme et les revenus de l’église, avant la Révolution, finançaient son entretien, illustrant son rôle central dans la vie communautaire. Aujourd’hui, elle allie patrimoine baroque, symboles chrétiens primitifs (chrisme, Α et ω) et héritage maritime, faisant d’elle un monument emblématique du Pays basque français.