Frise chronologique
22–23 décembre 1702
Incendie camisard
Incendie camisard
22–23 décembre 1702 (≈ 23)
Porte et tribunes brûlées.
XIIe siècle (début)
Construction de l'église
Construction de l'église
XIIe siècle (début) (≈ 1215)
Édifice roman homogène, nef et abside.
1314
Première mention écrite
Première mention écrite
1314 (≈ 1314)
*Ecclesia de Sancto Vincencio de CROSO*.
1562–1598
Guerres de Religion
Guerres de Religion
1562–1598 (≈ 1580)
Paroisse protestante, bâtiment négligé.
1686
Agrandissement post-Révocation
Agrandissement post-Révocation
1686 (≈ 1686)
Ajout de galeries pour 650 habitants.
1961
Classement monument historique
Classement monument historique
1961 (≈ 1961)
Inscription par arrêté du 27 septembre.
2012–2013
Restauration complète
Restauration complète
2012–2013 (≈ 2013)
Réouverture le 31 mai 2013.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise (cad. C 1081) : inscription par arrêté du 27 septembre 1961
Personnages clés
| Abbé Goiffon - Historien local |
Cite la visite épiscopale de 1611. |
| Évêque Valernod - Visiteur épiscopal (1611) |
Ordone des réparations non exécutées. |
| Louis XIV - Roi de France |
Lance la reconquête catholique post-1685. |
| Famille Caylus - Bienfaiteurs (XIXe siècle) |
Finance cloche et objets du culte. |
| Nathalie d’Artigues - Architecte du patrimoine |
Maître d’œuvre de la restauration (2012). |
Origine et histoire
L’église Saint-Vincent de Cros, édifiée au XIIe siècle sur un mamelon surplombant le Vidourle, s’inscrit dans un paysage de garrigues marqué par les drailles de transhumance. Son implantation isolée, entourée de rares maisons et de hameaux dispersés, suggère un rôle à la fois spirituel et pratique pour les voyageurs ou bergers. Le vocable de saint Vincent, attesté dès 1314 (ecclesia de Sancto Vincencio de CROSO), remonte probablement à sa fondation, bien que son histoire écrite commence tardivement.
L’architecture, homogène et datée de la fin du XIe ou du début du XIIe siècle, se caractérise par une nef unique de deux travées voûtées en berceau, un sanctuaire semi-circulaire en cul-de-four, et des murs épais (1,35 m) contrebutés par des contreforts discrets. L’absence de décors sculptés, les arcs lombards partiels sur l’abside, et les fenêtres en plein cintre à double ébrasement reflètent le style roman cévenol sobre. La sacristie, ajoutée au XVIIe siècle, et les tribunes en bois du XVIIIe siècle (détruites depuis) témoignent d’adaptations ultérieures pour une paroisse en croissance démographique.
Dès l’origine, l’église dépend du diocèse de Nîmes et du chapitre canonial de Notre-Dame. Au XVIe siècle, la paroisse, convertie à la Réforme, subit les guerres de Religion (1562–1598) et les guerres de Rohan (jusqu’en 1629), période durant laquelle l’édifice, négligé, perd partiellement sa toiture. Les visites épiscopales de 1611 et 1675 ordonnent des réparations, jamais exécutées faute de moyens. La Révocation de l’édit de Nantes (1685) relance les travaux : en 1686, le diocèse finance des galeries pour agrandir l’église, alors jugée trop exiguë pour 650 habitants.
La révolte des Camisards (1702–1704) marque un tournant violent : dans la nuit du 22 au 23 décembre 1702, des insurgés brûlent la porte et les tribunes, sans endommager la structure. Les rapports épiscopaux de 1723 décrivent un bâtiment « ancien et très solide », mais signalent des vitraux manquants et une cloche fissurée depuis longtemps. Au XVIIIe siècle, un presbytère est enfin construit (1756), et le prieuré est rattaché en 1740 à la mense du séminaire d’Alès, offrant aux habitants une place gratuite pour un enfant.
La Révolution française épargne l’église, bien que déclarée bien national : sa petite taille (200 places) la sauve d’une transformation en temple de la Raison. Vendue partiellement (presbytère et jardin en 1809), elle reste une succursale de Saint-Hippolyte-du-Fort, avec un culte occasionnel. Au XIXe siècle, les familles Caylus et Bourgoing financent une cloche (1843) et des objets liturgiques, alimentant une légende locale de rachat de l’édifice. Classée monument historique en 1961, elle est restaurée en 2012–2013 sous la direction de la DRAC, avec une réouverture solennelle le 31 mai 2013.