Origine et histoire de l'Église Saint-Vincent
L'église Saint-Vincent, située au cœur du village de Saint-Vincent-de-Pertignas (Gironde), s'élève sur les vestiges d'un édifice pré-roman, comme en attestent les traces visibles dans le mur sud de la nef. Sa structure romane des XIIe et XIIIe siècles, composée d'une nef unique, d'un faux transept surmonté d'un clocher sur coupole, d'un chœur et d'une abside en cul-de-four, reflète un plan sobre mais emblématique de l'architecture religieuse régionale. Le portail occidental, orné de chapiteaux historiés et de motifs végétaux, ainsi que le tympan gothique ajouté ultérieurement, illustrent la transition entre les styles roman et gothique. À l'intérieur, les chapiteaux de l'arc triomphal et des piles du clocher, datés vers 1140, constituent des exemples marquants de l'art roman local, bien que nombre de têtes aient été martelées par des iconoclastes.
Fortifiée au XIVe siècle durant la Guerre de Cent Ans — comme en témoigne la bretèche sur la face ouest du clocher —, l'église subit des modifications majeures aux XVIe et XVIIIe siècles. Le clocher est surélevé, la nef voûtée d'ogives, et des annexes comme la sacristie (1728) et la chapelle nord (1737) sont ajoutées. Un cadran solaire, apposé en 1744 sur le mur sud, complète ces aménagements. Les restaurations du XIXe siècle concernent principalement les voûtes d'ogives de la nef et l'ajout d'un décor peint dans le chœur. Classée monument historique en 2002, l'église conserve également une croix de mission de 1857 dans son cimetière.
L'iconographie romane, tant extérieure qu'intérieure, forme un ensemble didactique et moralisateur typique du XIIe siècle. Les chapiteaux des ébrasements du portail et de la croisée-sanctuaire, ainsi que les modillons, dénoncent les péchés capitaux (avarice, luxure, colère) à travers des scènes bibliques ou allégoriques, comme l'Homme entre six lionceaux, le Sacrifice d'Isaac, ou Saint Michel terrassant le dragon. Ces représentations, souvent endommagées par des actes iconoclastes (notamment à la fin du XVIIIe siècle), s'inspirent de modèles régionaux, comme ceux de l'abbaye de La Sauve-Majeure ou des églises de Bouliac et Doulezon. Les ateliers locaux, au moins deux identifiés, y ont laissé une empreinte stylistique distinctive, mêlant influences bordelaises et symbolisme moral.
Les quatre piliers de la coupole abritent des chapiteaux monumentaux aux thèmes variés : les Centaures chassant les sirènes (allégorie de la lutte contre le Mal), le Sacrifice d'Isaac (foi et obéissance), Élie nourri par l'ange (choix entre Vice et Vertu), et la Tentation d'Adam et Ève (péché originel). Ces sculptures, bien que partiellement détruites, révèlent une sophistication narrative et une volonté d'édification spirituelle, caractéristique des églises situées sur les chemins de pèlerinage, comme celui de Compostelle. Les modillons, réduits à quelques exemplaires, représentent quant à eux des scènes de péchés (homosexualité, ivresse) ou des animaux symboliques (loups, tonnelet de vin), renforçant le message moralisateur.
La fenêtre axiale de l'abside, bien que moins ornée, présente des chapiteaux secondaires comme les Sirènes-poissons ou le Lion emprisonné dans des lianes, répliques simplifiées de modèles prestigieux (abbaye de La Sauve-Majeure). Ces éléments, combinés aux restaurations ultérieures, font de l'église Saint-Vincent un témoignage complexe de l'évolution architecturale et iconographique, depuis le Moyen Âge jusqu'à l'époque moderne, dans le contexte rural girondin.