Origine et histoire de l'Église Sainte-Anne
L'église Sainte-Anne d'Amiens, construite dans la seconde moitié du XIXe siècle, remplace un premier édifice érigé en 1835 par François-Auguste Cheussey et démoli en 1866 pour laisser place au chemin de fer. Le projet actuel fut confié en 1865 à l'architecte Victor Delefortrie par le curé Pierre Charles Marie Aubert, qui joua un rôle central dans sa conception. La nouvelle église, de style néo-gothique à l'intérieur et néo-roman en façade, fut bénie en 1869 et consacrée à la Congrégation des Lazaristes, fondée par Vincent de Paul au XVIIe siècle.
Le décor intérieur, riche et varié, inclut des vitraux commandés à l'atelier Lorin de Chartres (1868-1880), des peintures de Charles Crauk, et des sculptures d'Alexandre Hesse et Modeste Verlender. Les vitraux illustrent des scènes bibliques comme La Vie de saint Vincent de Paul ou L’Éducation de la Vierge, tandis que les chapelles abritent des œuvres dédiées à la Vierge et aux saints. Après la loi de 1905, l'église resta propriété des Lazaristes, et son mobilier évolua au XXe siècle, notamment après Vatican II, avec la suppression de la chaire et du banc de communion.
Classée monument historique en 2007, l'église Sainte-Anne se distingue par son plan en croix latine avec déambulatoire, inspiré des cathédrales picardes comme Amiens ou Noyon. Sa façade polychrome, ornée de statues des évangélistes (1882), contraste avec un intérieur sobre en pierre apparente, voûté d'ogives. Le presbytère et l'ancienne école, conçus en harmonie avec l'édifice, complètent un ensemble architectural cohérent, témoin de l'influence lazariste et de l'urbanisation amiénoise au XIXe siècle.
Le tombeau du curé Aubert, situé dans une chapelle du déambulatoire, représente la façade originelle du projet, avec des flèches jamais réalisées. Les archives révèlent des difficultés durant la construction, notamment la mort de l'entrepreneur Sallé-Cordier lors de l'épidémie de choléra de 1866, entraînant la reprise des travaux par sa veuve puis par Lenel. Les dommages de la Première Guerre mondiale (pignon du presbytère, tour droite) rappellent aussi son histoire mouvementée.
L'église abrite un mobilier remarquable, comme le maître-autel offert en 1835 par la marquise de Gerville, ou les stalles du chœur (1895) de l'atelier lillois Buisine-Rigot. Les vitraux modernes, signés Pierre Pasquier (1946), et les peintures de Crauk (L'Assomption, 1877) soulignent son évolution artistique. Aujourd'hui, l'ensemble — église, presbytère, sacristie et ancienne école — forme un patrimoine protégé, reflétant à la fois l'art religieux du XIXe siècle et l'histoire sociale d'Amiens.