Origine et histoire de l'Église Sainte-Anne
L'église Sainte-Anne d'Amiens, reconstruite sur les plans de l'architecte Victor Louis Delefortrie, forme avec un vaste presbytère et une école un ensemble organisé autour d'une cour-parvis. L'édifice associe, à l'intérieur, un espace de style néogothique, et, en façade, un parti néoroman ; la composition iconographique célèbre la congrégation des Lazaristes par des peintures, verrières et bas-reliefs. La nouvelle implantation, dessinée par Delefortrie, a entraîné l'acquisition et la démolition de plusieurs immeubles bordant les rues environnantes, tandis que trois maisons avec cour et jardin, rue Vascosan, furent conservées. L'entrepreneur Sallé-Cordier reçut l'adjudication des travaux, puis, après son décès lié à l'épidémie de choléra, le marché passa à sa veuve, puis à l'entrepreneur Lenel ; l'église et le presbytère furent achevés en 1868 et l'église bénite en 1869. Le tombeau du père Aubert, placé dans une chapelle du déambulatoire, restitue la façade telle qu'elle était projetée, avec deux tours couronnées de flèches et un décor sculpté prévu pour les portails et le pignon. Après la loi de séparation de 1905, l'église resta la propriété de la congrégation des Lazaristes. La décoration intérieure se poursuivit après la Première Guerre mondiale, qui avait endommagé le pignon du presbytère, la tour droite de l'église et le jardin, et un monument aux morts fut réalisé par Pierre Ansart avec la collaboration du mosaïste Jean Gaudin. Les transformations liturgiques du concile Vatican II entraînèrent ensuite des modifications du mobilier cultuel, notamment la suppression de la chaire et du banc de communion. L'édifice a été inscrit au titre des monuments historiques en 2006 puis classé en 2007.
Le plan de l'église suit la croix latine avec déambulatoire et chapelles rayonnantes, s'inspirant des cathédrales de Noyon, Soissons, Amiens et Sens, ainsi que de l'église Saint-Germain-des-Prés à Paris. La façade occidentale, de style néoroman, présente trois porches, une rose et deux tours qui donnent à l'édifice l'allure d'une petite cathédrale ; quatre statues des évangélistes, dues à Modeste Verlender, y furent posées en 1882. L'intérieur est traité en parement de pierre et relève du néogothique avec voûtes d'ogive et triforium.
Une partie du mobilier provient de l'ancienne église : l'ancien maître-autel offert en 1835, l'ancien autel de la Vierge de 1843, une statue de saint Jean de 1843 et des statues de sainte Philomène et de sainte Cécile, qui ont été réinstallés dans différentes chapelles. Le mobilier nouveau comprend des œuvres de l'atelier lillois de Charles Buisine-Rigot, notamment le maître-autel (1873-1875), la chaire à prêcher (1874), les stalles du chœur (1895), les autels de la Vierge, de saint Joseph et de saint Vincent de Paul (1881), ainsi qu'un autel en chêne pour la chapelle du Rosaire réalisé par le sculpteur amiénois Hesse en 1880 ; lambris figurés, clôtures de chapelles et confessionnaux complètent cet ensemble, et la grille du chœur fut fournie par la maison Fourment, Houille et Cie (fonderie du Val d'Osne).
Les verrières du chœur, des chapelles absidiales, du transept et des bas-côtés furent commandées à l'atelier Lorin de Chartres sur des cartons de Charles Crauk et illustrent, entre autres, la Vie de Joseph, l'Histoire de Tobie, saint Pierre et saint André, la Conversion de saint Paul, la Vie de saint Vincent de Paul, l'Éducation de la Vierge, des épisodes de l'Ancien Testament et la Vie de la Vierge ; la nef reçoit des grisailles réalisées par les ateliers Bazin et Bazin et Latteux à la fin du XIXe siècle. Le maître verrier Pierre Pasquier réalisa ensuite plusieurs verrières d'après Pierre Vidal et Gérard Ansart, notamment pour les chapelles Sainte-Jeanne-d'Arc, du Sacré-Cœur, Notre-Dame de Lourdes et le bas-côté sud.
Charles Crauk exécuta de nombreuses peintures pour la chapelle de la Vierge — L'Annonciation, La Visitation, L'Assomption, L'Enfance de la Vierge et Le Vœu de Louis XIII — ainsi que des cycles pour la chapelle Saint-Vincent-de-Paul, dont l'Apothéose de saint Vincent et des scènes représentant la vie du saint. Le sculpteur amiénois Alexandre Hesse réalisa le décor ornemental des fonts baptismaux, l'autel du Rosaire, le monument funéraire de l'abbé Aubert et les sculptures des chapelles de la Vierge et de Saint-Vincent-de-Paul. Enfin, l'école patronage associée à l'ensemble fut construite dans les années 1870, ouverte en 1879 et dirigée successivement par un instituteur puis par les Maristes, et les maisons de rapport appartenant à la congrégation furent revendues entre 1965 et 1985.