Origine et histoire
L'église Sainte-Anne de Norrey-en-Auge, située dans le Calvados en Normandie, est un édifice catholique dont la construction a débuté au XIe siècle, sous l'impulsion de Hugues et Robert de Grandmesnil. Ces derniers, fils de Robert Ier de Grandmesnil enterré sur place, souhaitaient y fonder une abbaye bénédictine vers 1045. Cependant, sous l’influence de leur oncle Guillaume de Géré, le projet fut abandonné au profit de la restauration de l’abbaye de Saint-Évroult. Les moines déjà installés refusèrent de partir et s’établirent à Troarn, tandis que l’église de Norrey, privée de sa vocation abbatiale, fut offerte en 1050 à l’abbaye de Saint-Evroult par une charte du duc Guillaume le Bâtard. Elle devint alors une simple église paroissiale, dépendante de Saint-Evroult jusqu’à la Révolution.
La nef romane, construite au XIe siècle, est un exemple précoce de l’alternance des supports en Normandie, combinant piles rectangulaires et piliers cylindriques. Le portail sud, ouvert au XIIIe siècle, est orné de chapiteaux et d’une archivolte géométrique, protégé par un porche du XIVe siècle. Le chœur, reconstruit au XIIIe siècle, présente des baies en tiers-point et une voûte à croisées d’ogives. Les peintures murales de la nef, datant du XIIe siècle, représentent des scènes bibliques rares comme l’Entrée du Christ à Jérusalem et l’Adoration des Mages, tandis que le chœur conserve des décors du XIVe siècle, dont une Dormition de la Vierge.
Classée monument historique en 1930, l’église a été restaurée en 2007 grâce à des mécènes. Elle attire aujourd’hui 4 000 visiteurs annuels, séduits par son architecture hybride (romane et gothique) et ses fresques médiévales. Le mobilier inclut des lambris du XVIIIe siècle, un vitrail de 1874 intégrant des panneaux médiévaux, et trois bas-reliefs du XVIe siècle restaurés. L’édifice, propriété de la commune, illustre l’évolution des techniques constructives normandes, des essais roman aux ajouts gothiques.
L’histoire de l’église est marquée par des donations et des changements de vocation. En 1050, une charte du duc Guillaume le Bâtard confirme son rattachement à l’abbaye de Saint-Evroult, avec des terres et des dîmes. Le transept, remanié au XIIIe siècle, conserve une voûte sur croisée d’ogives et des arcs diaphragmes roman. Un chapiteau porte une inscription obituaire dédiée à Osbern, abbé de Saint-Evroult mort en 1066, bien qu’il n’y soit pas enterré. Les fresques, les vitraux et les sculptures reflètent les influences artistiques successives, du XIe au XVIIIe siècle.
L’extérieur, sobre, cache une nef aux arcades en plein-cintre et des peintures murales uniques en Normandie. La baie occidentale en tiers-point, percée au XIIIe ou XIVe siècle, éclaire la nef surélevée au XIIe siècle. Les contreforts du chœur, datés du XIIIe siècle, soutiennent des baies à lancettes. L’appareil en arête-de-poisson, visible sur le pignon occidental, est partiellement masqué par un crépi moderne. Le clocher, peu élevé et couvert d’ardoises, domine la croisée du transept, elle-même soutenue par des arcs en plein-cintre.
Les sources historiques, comme les travaux de Lucien Musset ou Arcisse de Caumont, soulignent l’importance de l’église dans l’étude de l’architecture normande. Les restaurations du XXe siècle ont mis au jour des éléments roman primitifs, comme une baie en plein-cintre du XIe siècle, tandis que les fouilles et les chartes (notamment celle de 1050) éclairent son rôle dans le réseau monastique normand. Aujourd’hui, l’église allie patrimoine médiéval et vie paroissiale, incarnant la mémoire des seigneurs de Grandmesnil et des moines bénédictins.