Origine et histoire de l'Église Sainte-Anne
L’église Sainte-Anne de Turckheim, située dans le Haut-Rhin (Grand Est), est un édifice aux influences architecturales variées, construit à partir de la fin du XIIe siècle (vers 1190). À l’origine dédiée à la Vierge, elle fut rebaptisée en l’honneur de sainte Anne en 1652. Ses premières structures mêlaient déjà art roman (portes en plein-cintre, moulures) et gothique (voûtes d’ogives, arcs brisés), reflétant une période de transition stylistique. Le clocher, élément le plus ancien, présente une base du XIIe siècle en grès jaune, surmontée de niveaux des XIIIe et XVe siècles, caractérisés par des baies jumelées et des arcs trilobés.
En 1837, la nef et le chœur originels furent détruits et reconstruits dans un style néo-classique par l’architecte départemental Félix Griois et l’entrepreneur Valentin Ruscher. Seul le clocher-porche, avec deux travées du bas-côté sud, fut préservé et intégré à la nouvelle structure. Ce clocher, accolé à la nef du XIXe siècle, conserve des traces de son histoire médiévale, comme une porte en plein-cintre ornée de motifs en relief (étoiles, demi-sphères) et un tympan marqué d’une croix. Les niveaux supérieurs, en grès rose, illustrent l’évolution des techniques architecturales entre le XIIIe et le XVe siècle.
Un incendie en 1978 endommagea gravement la nef, nécessitant une restauration achevée en 1981. Le rez-de-chaussée du clocher, voûté d’ogives à clé feuillagée, fut quant à lui restauré en 1985. L’église, inscrite aux monuments historiques depuis 1930 (pour sa tour), incarne ainsi près de neuf siècles d’histoire, entre héritage médiéval, transformations modernes et résilience face aux aléas du temps.
Architecturalement, l’édifice actuel juxtapose des colonnes en grès rose supportant le vaisseau central, un chœur en hémicycle, et des fenêtres thermales latérales. L’arc de triomphe en plein-cintre et les voûtes en boudin des bas-côtés rappellent les phases gothiques, tandis que la nef plafonnée et les reconstructions du XIXe siècle témoignent des adaptations aux besoins liturgiques et esthétiques des époques ultérieures.