Origine et histoire de l'Église Sainte-Aurélie
L’église Sainte-Aurélie de Strasbourg, située rue Martin-Bucer dans le quartier de la Gare, est l’un des plus anciens sanctuaires de la ville. D’origine médiévale, elle est mentionnée pour la première fois en 801 sous le vocable de Saint-Maurice, avant d’être associée à sainte Aurélie en 1324. Son histoire est marquée par son adoption de la Réforme protestante en 1523, devenant la quatrième paroisse luthérienne de Strasbourg. Martin Bucer, figure majeure de la Réforme, y débuta sa carrière de prédicateur en 1524.
L’édifice actuel, reconstruit au XVIIIe siècle par les maîtres d’œuvre Michel Hatzung et Georges Frédéric Hüttner, conserve des éléments romans (clocher du XIIe siècle) et gothiques (beffroi du XIVe siècle). Son intérieur baroque, caractérisé par un autel et une chaire en blanc et or (XVIIe siècle), ainsi qu’un orgue exceptionnel d’André Silbermann (1718), en font un joyau patrimonial. Classée Monument historique en 1988, l’église a bénéficié de restaurations majeures entre 2002 et 2015, préservant son orgue et ses décors.
Le quartier environnant, autrefois faubourg populaire de maraîchers et jardiniers (Faubourg des Charrons), abrite aujourd’hui une école primaire historique (1843-1846) partageant la cour de l’église. Pendant la Révolution, l’édifice servit de magasin à fourrage, puis d’hôpital militaire en 1806 pour les blessés des guerres napoléoniennes. Les impacts de la guerre franco-allemande de 1870 sont encore visibles sur le clocher.
L’architecture extérieure, sobre et baroque, contraste avec la richesse intérieure : 23 toiles peintes de Pierre-Joseph Noël (1767) ornent les tribunes, illustrant des scènes bibliques. L’autel mobile, la chaire sculptée (symboles des Évangélistes et pélican) et l’orgue Silbermann – restauré à l’identique en 2015 – témoignent d’un patrimoine artistique et religieux unique. Les registres paroissiaux, conservés depuis 1550, offrent un éclairage précieux sur la vie protestante strasbourgeoise.
Le clocher, partie la plus ancienne (XIIe siècle), abrite une cloche de 1410, la plus vieille de Strasbourg, et une horloge de Jean-Baptiste Schwilgué (1845), dernier mécanisme de ce type encore fonctionnel dans la ville. Menacé de destruction pendant la Terreur (1794), il fut épargné, tout comme la flèche de la cathédrale. Aujourd’hui, l’église, accessible sur rendez-vous, participe aux Journées du patrimoine et accueille des événements culturels.