Origine et histoire de l'Église Sainte-Austreberte
L’église Sainte-Austreberte de Montreuil-sur-Mer trouve ses origines au VIIIe siècle, lorsque sainte Austreberthe, née à Marconne, fonde un monastère en Normandie avant de devenir abbesse de Pavilly. Après les invasions vikings en 880, les religieuses de Pavilly et Marconne se réfugient à Montreuil, apportant les reliques des saintes Austreberte et Julienne. Une première église, dédiée à Notre-Dame de l’Assomption, est érigée, et l’abbaye gagne en importance sous l’abbatiat d’Hildeburge (fille du comte Guillaume Ier de Ponthieu) au XIe siècle. Les reliques de sainte Austreberte y sont transférées solennellement en 1080 sous l’impulsion du duc de Normandie, Robert Ier.
Au Moyen Âge, l’abbaye prospère grâce à des protections papales (comme la bulle d’Alexandre III en 1170) et accueille des figures nobles, dont Marie de Boulogne, fille du roi Étienne d’Angleterre, qui s’y retire en 1169 avant d’y être inhumée. Les bâtiments subissent cependant des destructions répétées : incendie en 1537, effondrement du clocher en 1622, et un nouvel incendie en 1733. Une reconstruction majeure est entreprise à partir de 1734 sous l’abbesse Marguerite Le Boucher d’Orsay, puis sous Agathe-Madeleine d’Orléans de La Motte, avec la pose de la première pierre de l’église actuelle en 1756 par l’évêque d’Amiens.
La Rvolution française marque un tournant : l’abbaye est fermée en 1792, les religieuses expulsées, et les lieux deviennent successivement une prison (1793-1794), un magasin militaire, puis un hôpital sous Napoléon. Un incendie en 1804 détruit presque entièrement l’église, réduite à ses murs. Au XIXe siècle, les bâtiments abritent un collège (devenu lycée Eugène-Woillez), une caserne, et des entrepôts. Seul le façade, classée en 1942, subsiste comme témoignage de ce patrimoine religieux et historique complexe, lié à près de mille ans d’histoire monacale et locale.
L’abbaye Sainte-Austreberte illustre les bouleversements politiques et religieux de la France, depuis son rôle spirituel médiéval jusqu’à sa reconversion laïque. Les reliques des saintes, transférées en 1757 dans de nouvelles châsses, symbolisent son héritage, tandis que son architecture du XVIIIe siècle (œuvre des frères Le Mercier) reflète l’apogée baroque avant les destructions révolutionnaires.
Parmi les abbesses marquantes, on retient Hildeburge (XIe siècle), fille du comte de Ponthieu, qui consolide l’abbaye, ou Ida de Ponthieu (XIe siècle), organisatrice du transfert solennel des reliques. Au XVIIIe siècle, Marguerite Le Boucher d’Orsay et Agathe-Madeleine d’Orléans de La Motte supervisent la reconstruction, tandis qu’Anne de Jouenne d’Esgrigny achève l’ornementation de l’église avant la Révolution. Leur gestion reflète les liens étroits entre l’abbaye, la noblesse locale, et le pouvoir épiscopal d’Amiens.
Aujourd’hui, l’ancienne abbaye, partiellement préservée, abrite le lycée Eugène-Woillez. Son histoire, depuis les réfuges monacaux du IXe siècle jusqu’aux usages militaires et éducatifs modernes, en fait un monument emblématique des Hauts-de-France, témoin des mutations sociales et politiques à travers les siècles.