Église Sainte Beuzit de Landerneau dans le Finistère

Patrimoine classé Patrimoine religieux Architecture gothique flamboyant Clocher-mur

Église Sainte Beuzit de Landerneau

  • Église Sainte Beuzit
  • 29800 Landerneau
Église Sainte Beuzit de Landerneau
Église Sainte Beuzit de Landerneau
Église Sainte Beuzit de Landerneau
Église Sainte Beuzit de Landerneau
Crédit photo : Moreau.henri - Sous licence Creative Commons
Propriété privée

Frise chronologique

Moyen Âge central
Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1100
1200
1300
1400
1500
1600
1700
1800
1900
2000
XIe siècle
Première mention de Beuzit
XIIIe siècle
Séparation des pouvoirs
1591
Reconstruction de l'église
1680
Inventaire des reliques
1791
Suppression de la paroisse
1925
Protection du clocher
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Clocher (cad. AS 107) : inscription par arrêté du 4 décembre 1925

Personnages clés

Saint Conogan Saint fondateur de la paroisse selon la tradition hagiographique.
Conogan Seigneur ayant converti et donné le domaine à une communauté monastique.
Famille Barbier Famille ayant doté l'église en équipements liturgiques.

Origine et histoire de l'Église Sainte Beuzit

De l'église Sainte-Beuzit de Beuzit-Conogan, il ne subsiste que le clocher occidental à double galerie, surmonté d'une flèche, exemplaire du type caractéristique de l'art breton de la région léonarde. La trève de Beuzit-Saint-Conogan, anciennement appelée La Boissière, fut une paroisse bas-bretonne supprimée en 1791 et partagée entre Landerneau et Saint-Thonan ; selon la tradition hagiographique elle aurait été fondée par saint Quénégan et dépendait de l'archidiaconé d'Ach et de l'évêché de Léon. Le toponyme Beuzit, attesté dès le XIe siècle et réputé signifier « lieu planté de buis », renvoie à une possible implantation ancienne, tandis que l'appellatif Conogan est un hagionyme dérivant des formes anciennes du nom du saint. Le territoire de la trève comprenait plusieurs quartiers aujourd'hui identifiés, dont La Palue, Kerloret et Kerlaran.

Des indices d'occupation ancienne existent : la toponymie de la forêt de Beuzec et la présence d'une voie qualifiée de « romaine », ainsi que la découverte de tuiles, poteries et monnaies antiques dans des écarts proches, témoignent d'un usage ancien des itinéraires traversant la zone. La tradition relate la conversion et la donation du domaine par Conogan à une communauté monastique primitive, dont la mémoire est revendiquée par le cartulaire de Landévennec, et l'établissement monastique a vraisemblablement évolué au cours du haut Moyen Âge pour devenir un prieuré. Dès le XIe siècle « Buzitt » est désigné comme trève et plus tard le prieuré relevait de l'abbaye de Fineterre, refondée selon la règle bénédictine.

Au XIIIe siècle des transferts de bénéfices et de seigneuries séparent progressivement la propriété laïque de la juridiction ecclésiastique : le prieuré conserve l'exercice religieux tandis que la seigneurie de La Palue passe entre différentes familles nobiliaires. Le prieuré est rattaché à l'abbaye de Landévennec à la fin du XIIIe siècle et la cure est alors souvent confiée à un vicaire. À la fin du XIIIe siècle, l'organisation diocésaine du Léon place Saint-Conogan dans l'archidiaconé de l'Ach.

L'église paroissiale, dont la construction principale pourrait remonter aux périodes de fondations médiévales, présente des éléments d'époques diverses ; une fenêtre de style gothique flamboyant et la reconstruction d'ensemble réalisée en 1591, selon les sources, illustrent ces phases. La nouvelle église de 1591, de style renaissant léonard, fut liée à un important don consécutif à un mariage entre deux familles seigneuriales dont les armes furent sculptées sur la façade. La région connut par ailleurs les troubles des guerres de succession et des périodes d'occupation qui affectèrent la paroisse.

Aux XVIe–XVIIe siècles la piété et le culte des reliques attirèrent de nombreux pèlerins : un inventaire de 1680 mentionne le chef et un bras de saint Conogan utilisés lors des pèlerinages, ainsi que des équipements liturgiques richement dotés par la famille Barbier. La procession ou troménie de saint Conogan, organisée le troisième dimanche de mai, était une fête populaire très fréquentée et une source importante de ressources paroissiales ; elle comprenait la mise aux enchères du port de bannières et de reliques et des étapes rituelles à des oratoires seigneuriaux.

L'activité économique locale au XVIIe et XVIIIe siècles comprenait le travail du lin et la production de toiles dites « crées », exportées via Landerneau vers l'Espagne selon des circuits contrôlés par des corporations morlaisiennes ; ce commerce connut des difficultés au cours du règne de Louis XIV et déclina ensuite. Aux XVIIIe siècle la trève souffrait de pauvreté : la cure était l'une des plus modestes du diocèse et la maison priorale était fréquemment affermée pour procurer des revenus.

La Révolution entraîna la suppression de la paroisse en 1791 et la mise en œuvre des décisions civiles, tandis que certains habitants participèrent aux soulèvements anti‑révolutionnaires du printemps 1793 ; la scission paroissiale reçut une portée définitive avec la mise en place du régime concordataire en 1802. Du monastère primitif il ne reste guère que des fontaines dont l'une, bâtie, subsiste à une centaine de mètres de l'église ; un inventaire de 1680 mentionnait déjà des réparations effectuées à proximité.

Le bâtiment de l'église, acquis par la municipalité en 1982 après des usages agricoles et une longue période d'abandon, a perdu sa charpente et sa nef est sans toit depuis au moins 1829 ; seule la finesse technique du passage ménagé vers la première galerie du clocher évoque l'architecture disparue. Le clocher lui-même, dont la base est plus ancienne et la galerie supérieure datée de 1591 par certains auteurs, est protégé comme monument historique depuis l'arrêté du 4 décembre 1925 et un accès réglementé y a été installé. Le mobilier et les tombes de la paroisse ont en partie disparu : le gisant dit du sieur de la Palue fut vendu puis racheté et transféré au musée départemental de Quimper dans les années 1920, tandis que des inventaires anciens signalent chaires, bannières, vêtements liturgiques et croix conservés jusqu'au XVIIIe siècle.

Le patrimoine seigneurial de la paroisse comprenait plusieurs manoirs et châteaux — la Grande Palue, la Petite Palue, Kerloret, Kerlaran, Kermalvezan et Kerautret — dont les fortunes et les successions se reflètent dans les archives et les inventaires anciens ; certains bâtiments ont été remaniés, nationalisés ou vendus à différentes époques, et leurs vestiges sont aujourd'hui plus ou moins conservés. Malgré la disparition de l'essentiel de l'ensemble religieux et monastique, la mémoire du site subsiste dans les éléments subsistants, les archives et les pratiques cultuelles anciennement rattachées à saint Conogan.

Liens externes