Origine et histoire de l'Église Sainte-Croix
L'église Sainte-Croix de Sainte-Croix-du-Mont, située dans le département de la Gironde en Nouvelle-Aquitaine, est une ancienne église paroissiale du XIIe siècle, initialement rattachée à l'abbatiale bordelaise du même nom. Son architecture romane, marquée par une nef charpentée sans bas-côtés ni transept, se termine par un chevet polygonal. L’édifice, non orienté selon l’axe liturgique traditionnel, suit une direction nord-nord-est - sud-sud-ouest, une particularité rare. Au fil des siècles, des ajouts comme une chapelle Notre-Dame-de-Pitié (famille de Taste) et une chapelle Saint-Roch ont altéré sa structure d’origine, tandis que le clocher-pignon du XIIe siècle fut détruit en 1740 pour laisser place à un nouveau clocher, lui-même endommagé par la foudre en 1831.
En 1841, l’église est classée par la commission des Monuments historiques de la Gironde, et des projets de restauration sont proposés par des architectes comme Paul Abadie (1847). Cependant, faute de financements, l’édifice se dégrade jusqu’à sa démolition en 1877, ordonnée par le cardinal Donnet. Reconstruite entre 1877 et 1880 par l’architecte Jean Hosteing dans un style néogothique, seule une partie du portail roman original subsiste, remarquable pour ses voussures ornées de tireurs de corde, un motif symbolisant l’unité des fidèles. Ce portail, inscrit aux monuments historiques en 1925, est aujourd’hui le dernier vestige sculpté du XIIe siècle, les chapiteaux romans ayant été dispersés, dont certains exposés au château de Castelnau-Bretenoux.
L’église primitive, implantée au milieu des premières vignes de l’Entre-deux-Mers, reflétait le lien étroit entre la vie religieuse et viticole de la région. Les sculptures du portail, comme les oiseaux becquetant des lions, témoignent d’influences artistiques locales, partagées avec d’autres églises girondines (Saint-Seurin de Bordeaux, Saint-Pierre de Loupiac). La reconstruction du XIXe siècle, bien que radicale, a préservé ce patrimoine sculptural exceptionnel, offrant un témoignage rare de l’art roman aquitain. Les dessins de Léo Drouyn (1846-1850) et les photographies de Jean-Auguste Brutails (1896) documentent cet héritage aujourd’hui fragmentaire.
La protection du patrimoine s’étend au portail (classé en 1925) et aux chapiteaux dispersés, répertoriés dans la base Palissy. L’église actuelle, propriété communale, mêle ainsi histoire médiévale et transformations modernes, illustrant les défis de la conservation face aux évolutions urbaines et religieuses. Son rôle passé comme lieu de culte et de rassemblement communautaire, dans une région marquée par la viticulture, en fait un symbole du patrimoine rural girondin.