Origine et histoire de l'Église Sainte-Croix
L’église Sainte-Croix de Tours, située dans le quartier laïc médiéval du Vieux-Tours, trouve ses origines au VIe siècle avec la fondation d’un monastère par Euphrône ou Grégoire de Tours. En 855, une chapelle y est déjà attestée, avant que le site ne soit rattaché à l’abbaye de Bourgueil en 1079. La paroisse Sainte-Croix est officiellement créée en 1203, marquant le début de son rôle central dans la vie religieuse locale. L’édifice actuel, construit à la fin du XIe ou début du XIIe siècle, remplace la chapelle initiale et subit des remaniements majeurs aux XIIe, XIIIe et XVe siècles, notamment l’ajout d’un collatéral sud en 1480 par la famille Berthelot.
L’architecture de l’église reflète ces évolutions : une nef unique voûtée de style gothique angevin, un transept asymétrique (dont l’aile nord conserve une voûte romane en plein cintre), et un chœur à chevet plat. La façade ouest, masquée par des constructions postérieures, et le collatéral sud, partiellement détruit, témoignent des transformations urbaines. Malgré la suppression de la paroisse en 1782 et un projet de démolition avorté, l’église est préservée. En 1939, elle est inscrite aux monuments historiques (hors façade sud et aménagements internes modernes), incluant la cure attitrée.
Le site occupe une place stratégique dans la topographie médiévale de Tours : implanté au nord-ouest de l’enceinte de Châteauneuf (Xe siècle), il borde la rue Henri-Royer, vestige de la voie interne des remparts. La rue de Châteauneuf au sud et l’orientation traditionnelle est-ouest (chœur à l’est) soulignent son intégration dans le tissu urbain. Après la Révolution, l’édifice, converti en magasins, conserve des traces de son passé monastique et paroissial, comme l’arcade du collatéral sud visible au XXIe siècle.
Les sources archéologiques et archives paroissiales révèlent des détails précis : la première travée est voûtée au XIIe siècle (style angevin), la seconde au XIIIe siècle (croisée d’ogives), tandis qu’une chapelle privée pour Jean Berthelot est aménagée en 1483 dans le croisillon sud. Le chevet plat, aveugle côté nord, et les baies étroites illustrent les adaptations liturgiques et défensives. La cure contiguë, également protégée, rappelle le rôle social du clergé local.
Au XIXe siècle, des alignements urbains (comme en 1888) modifient l’environnement immédiat, ajoutant une façade néo-Renaissance devant le croisillon sud. Malgré ces altérations, l’église reste un exemple rare de superposition des styles roman, gothique angevin et Renaissance, reflétant près de 1 000 ans d’histoire religieuse et urbaine à Tours. Son inscription en 1939 souligne sa valeur patrimoniale, bien que certaines parties (comme la façade sud) en soient exclues.