Origine et histoire de l'Église Sainte-Eugénie
L’église Sainte-Eugénie de Varzy, dédiée à sainte Eugénie de Rome, fut fondée au Ve siècle et devint un lieu de pèlerinage réputé dès le Haut Moyen Âge. Au Xe siècle, l’évêque Gaudry d’Auxerre (918–933) la reconstruit entièrement après un voyage à Rome, où il obtient des reliques de sainte Eugénie et saint Laurent. Il y ajoute des vitraux, des autels, et un logement épiscopal à l’emplacement du futur château de Varzy. L’église, enrichie de dons et de reliques, est alors un centre religieux et politique majeur dans le diocèse d’Auxerre.
Au XIIe siècle, l’évêque Hugues de Châlon (999–1030) restaure l’édifice et fonde un chapitre de dix chanoines. L’église subit cependant des conflits liés aux prétentions laïques sur ses droits, notamment sous l’épiscopat d’Alain de Larrivour (1152–1167), marqué par des guerres locales et des spoliations. Le pape Alexandre III intervient en 1157 pour rétablir l’autorité épiscopale. Au XIIIe siècle, les évêques Hugues de Noyers et Guillaume de Grez confirment les dons et droits du chapitre, tandis que l’église Saint-Pierre de Varzy est rattachée à Sainte-Eugénie.
L’édifice est reconstruit au 4e quart du XIIe siècle (période attestée par les sources) et connaît des restaurations aux XVe et XVIe siècles, notamment sous les évêques Laurent Pinon et François II de Dinteville. Ce dernier y installe des orgues et un retable illustrant la légende de sainte Eugénie. À la Rvolution, l’église est détruite, ses reliques transférées à Saint-Pierre de Varzy. Volées en 2002, elles sont aujourd’hui sécurisées. Les vestiges, dont des arcatures de façade, sont classés Monuments Historiques en 1930 et 2018.
Le site inclut aussi la fontaine Sainte-Eugénie, alimentée depuis le Xe siècle par deux sources, et liée aux pèlerinages. Proche du château de Varzy (80 m au sud), l’église dominait un espace urbain structuré autour de la mare aux lavoirs et de la place de la Fontaine. Son histoire reflète les tensions entre pouvoir épiscopal, noblesse laïque et communauté religieuse, typiques du Moyen Âge bourguignon.
Parmi les sépultures notables, Pierre de Longueil (mort en 1474), inhumé dans l’église avant le transfert de sa tombe à Auxerre. Les reliques, comme celles de saint Renobert (prélèvement en 1642), soulignent son rôle de conservatoire spirituel. Aujourd’hui, les vestiges, partiellement intégrés à des bâtiments modernes, témoignent de son importance passée.