Origine et histoire de l'Église Sainte-Eulalie
L'église Sainte-Eulalie de Genillé, située dans le département d'Indre-et-Loire, est un édifice religieux catholique dont la construction s'étend du XIe au XVIe siècle. Elle se caractérise par une architecture composite, mêlant des éléments romans, gothiques et Renaissance. Son clocher, partiellement daté du XIIIe siècle, et son chœur du XVIe siècle reflètent les évolutions stylistiques de chaque époque. L'église est dédiée à sainte Eulalie, martyre espagnole du IIIe siècle, et son histoire est marquée par des destructions et reconstructions, notamment après un conflit en 1145 entre Geoffroy V d'Anjou et Sulpice II d'Amboise.
La nef, simple et sans collatéraux, est éclairée par des baies à remplage, dont certaines portent les armes de la famille Fumée, seigneurs locaux. Le chœur, désaxé vers le nord, et l'abside trapézoïdale datent du XVe siècle, tandis que la chapelle de la Vierge, ajoutée au XVIe siècle, illustre l'influence des commanditaires nobles. La sacristie, ancienne chapelle seigneuriale des Fumée, a temporairement servi de mairie entre 1808 et 1823. L'édifice, inscrit aux monuments historiques en 1926, abrite un mobilier remarquable, dont sept objets classés, comme un bénitier de 1494 ou une chaire du XVIIe siècle.
Le décor extérieur de l'église inclut des niches, des rosaces et une bande ornée de blasons disparus, évoquant les seigneurs financeurs. À l'intérieur, sept vitraux du XIXe siècle, réalisés par l'atelier Lobin, représentent le martyre de sainte Eulalie. Le portail occidental, typique de la Renaissance française, et la flèche octogonale du clocher, ajoutée au XVe siècle, complètent cet ensemble architectural. L'église témoigne ainsi des transformations artistiques et sociales de la Touraine, depuis le Moyen Âge jusqu'à l'époque moderne.
L'histoire de Genillé, liée à cette église, remonte au moins au XIe siècle, avec des traces d'un cimetière mérovingien à proximité. La paroisse, probablement constituée avant l'an mil, a vu son édifice religieux détruit et reconstruit à plusieurs reprises. Au XVIe siècle, Adam II Fumée, seigneur de Genillé, finance la reconstruction du chœur et du portail sud, marquant l'apogée de l'influence seigneuriale sur le monument. La chapelle des Fumée, intégrée au XVIIe siècle, symbolise cette relation entre pouvoir local et lieu de culte.
Classée pour son mobilier et son architecture, l'église Sainte-Eulalie illustre aussi les adaptations fonctionnelles des édifices religieux au fil des siècles. Son inscription en 1926 souligne sa valeur patrimoniale, tandis que son usage paroissial perdure. Les éléments défensifs du clocher, comme les baies géminées de l'étage des cloches, rappellent les préoccupations médiévales, contrastant avec le décor Renaissance du portail. Ce mélange de styles en fait un témoin privilégié de l'histoire tourangelle.