Origine et histoire de l'Église Sainte-Eulalie
L'église Sainte-Eulalie, située à Lignan-de-Bordeaux en Gironde, trouve ses origines au XIIe siècle, avec des traces d’une occupation gallo-romaine antérieure. Vers 1090, des moines locaux, dont Richard et Bertrand de Linham, fondent un prieuré dépendant de l’abbatiale Sainte-Croix de Bordeaux. En 1147, Louis VII accorde une charte de donation aux religieux, confirmant les privilèges de l’église, qui possède déjà des droits de sépulture et de mariage. Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem participent à la construction du transept, tandis que l’édifice subit des modifications majeures aux XVIIe et XVIIIe siècles, financées par des familles nobles locales comme les Pontac et les Chapelas.
L’église, orientée avec une légère inclinaison sud, présente une abside et deux absidioles communiquant avec le chœur par des arcs percés au XVIIe siècle. La nef, initialement prévue avec des bas-côtés jamais achevés, conserve des vestiges du mur primitif et un portail potentiellement datant du VIIIe siècle. Les voûtes, en cul-de-four ou en berceau, mêlent styles roman et gothique, avec des ajouts comme la croisée d’ogives prismatiques au XVe siècle. La famille Crussol de Montsaley et Geoffroy de Pontac marquent l’édifice de leurs armoiries et restaurations, notamment en 1635.
Désaffectée pendant la Révolution, l’église est rétablie au culte en 1843. En 1859, un clocher-tour à flèche remplace l’ancien clocher-mur, sous la direction de l’architecte Marius Faget, malgré des controverses. Les chapiteaux romans, comme ceux représentant un cavalier affrontant un serpent ou des oiseaux eucharistiques, illustrent un programme iconographique complexe, mêlant symboles religieux et mises en garde morales. Des peintures murales médiévales et des litres funéraires des XVIIe et XVIIIe siècles, redécouvertes lors de restaurations (2002-2008), témoignent de son histoire mouvementée.
Classée Monument Historique en 1961 (hors clocher), l’église abrite un mobilier remarquable : une statue de saint Jean-Baptiste en albâtre (XVe siècle), un tabernacle en bois doré (XVIIe siècle), et des fonts baptismaux des XVe et XIXe siècles. Les vitraux, datés de 1858, et les chapiteaux ajoutés lors des restaurations du XIXe siècle, bien que critiqués, complètent cet ensemble architectural. Son emplacement sur une ancienne route médiévale vers Saint-Jacques-de-Compostelle renforce son importance patrimoniale.
Les sculptures extérieures, comme les modillons et chapiteaux historiés (dragons, oiseaux, masques), révèlent l’influence d’ateliers locaux, notamment ceux ayant œuvré à l’église Saint-Seurin d’Artigues-près-Bordeaux. Les restaurations successives, bien que parfois controversées, ont permis de préserver des éléments clés, comme les fresques médiévales et les litres seigneuriales, offrant un aperçu de la vie religieuse et sociale de la région depuis le Moyen Âge.