Origine et histoire de l'Église Sainte-Eulalie
L’église Sainte-Eulalie de Montpellier trouve ses origines au XIIIe siècle, lorsque les mercédaires, un ordre religieux dédié à la libération des esclaves chrétiens, s’installèrent dans la ville en 1240. Leur premier couvent, construit près de la porte de la ville et dédié à sainte Eulalie de Barcelone, fut achevé vers 1261. Associé à l’essor universitaire montpelliérain, il abritait une école de droit et servait de lieu de culte pour des confréries locales, comme celle des menuisiers. La chapelle médiévale, prospère jusqu’au XVIe siècle, fut détruite en 1562 lors des guerres de Religion par les troupes protestantes de Jacques de Crussol, entraînant la dispersion des religieux.
Après un retour précaire en 1651, les mercédaires reconstruisirent une chapelle consacrée en 1663, mais les projets d’agrandissement de la place Royale du Peyrou (actuel Peyrou) contraignirent à une nouvelle démolition en 1740. Grâce aux indemnités perçues, ils édifièrent entre 1741 et 1748 l’église actuelle, conçue par les architectes Antoine Vier puis Jean Dumas. Sa façade, inspirée des modèles classiques du XVIIe siècle, et son clocher simplifié reflètent l’influence de l’architecture religieuse languedocienne de l’époque. Le chœur, volontairement vaste, témoignait de l’espoir d’un renouveau de l’ordre, jamais advenu.
L’église changea plusieurs fois de mains après la Révolution. Vendue comme bien national en 1798, elle servit de dépôt de bois puis de distillerie avant d’être rachetée en 1803 par les Pénitents Bleus, qui la restaurèrent comme chapelle et lieu de sépulture. Devenue paroissiale en 1829, elle fut acquise par la municipalité en 1843. Au XIXe siècle, elle subit d’importants réaménagements : peintures murales, orgue Merklin & Schütze (1868), et décors néoclassiques, tandis que son rôle pastoral s’affirmait dans un quartier en pleine urbanisation.
Aujourd’hui, Sainte-Eulalie abrite une relique de sainte Eulalie de Barcelone, attirant des pèlerins catalans, et accueille des messes en rite tridentin, des concerts d’orgue et des activités étudiantes. Son patrimoine artistique, marqué par des tableaux transférés au musée Fabre et des éléments rocaille préservés, en fait un témoin majeur de l’histoire religieuse et architecturale de Montpellier. La façade, le clocher et la structure intérieure, protégés depuis 2016, rappellent son passé mercédaire et son adaptation aux besoins cultuels contemporains.