Origine et histoire de l'Église Sainte-Foy
L'église Sainte-Foy de Sélestat, construite au XIIe siècle dans un style roman, est le seul vestige de l'ancien prieuré des bénédictins, puis des jésuites. Elle se situe au cœur de la ville, près de l'église Saint-Georges et de la Bibliothèque humaniste. Fondée vers 1087 comme église du Saint-Sépulcre, elle fut reconstruite entre 1152 et 1190 grâce à des dons de Frédéric Barberousse. Hildegarde von Schlettstadt, mécène allemande, en fit don à l'abbatiale Sainte-Foy de Conques et y fut inhumée en 1094. Son cercueil, retrouvé intact en 1892, suggérait une mort par peste, bien que des doutes subsistent sur l'identité du buste moulé (Hildegarde ou sa fille Adélaïde).
Les bénédictins occupèrent le prieuré jusqu'au XVe siècle, avant que les jésuites ne prennent le relais en 1615. Ces derniers transformèrent l'édifice dans un style baroque, ajoutant des tribunes en 1616-1617 et une école entre 1742 et 1745. Après leur départ en 1765, les bâtiments furent réaffectés à des usages civils (logements, enseignement). Une restauration majeure eut lieu entre 1889 et 1893 sous la direction de Charles Winkler, qui supprima les tribunes, suréleva la tour sud, et ajoutait des éléments néo-romans. Les chapiteaux originaux, sculptés par des tailleurs de pierre venus de Saint-Dié, présentent des motifs celtes proches de ceux du Livre de Kells.
Le portail principal, datant du XIIe siècle, conserve ses sculptures d'origine, incluant un Jugement dernier et un Tétramorphe sur le tympan. La porte nord, également romane, fut partiellement refaite au XIXe siècle. À l'intérieur, une chaire baroque de 1733, classée monument historique, illustre la vie de saint François Xavier. Les vitraux représentent des figures locales comme saint Léon IX et sainte Odile. L'église abrite aussi des statues des XVIIe–XIXe siècles, dont une Vierge de Pitié et une sainte Foy offerte en 1871.
L'orgue de tribune, installé en 1892 par Martin Rinckenbach, fut pneumatisé en 1910 avant de tomber en désuétude. Un orgue de chœur, originaire de l'hôpital Saint-Quirin, le remplace depuis 2002. Les autels jésuites du XVIIIe siècle, démantelés en 1892, ont vu leurs éléments dispersés (musée de Karlsruhe, bibliothèque humaniste). L'édifice, classé depuis 1862, témoigne des influences roman, baroque et néo-roman, ainsi que de l'histoire religieuse et culturelle de l'Alsace.
Le prieuré posséda un exemplaire du Livre des miracles de sainte Foy, version du XIIe siècle aujourd’hui conservée à la Bibliothèque humaniste. Ce manuscrit, lié à Bernard d’Angers, relate le martyre de la sainte et ses miracles. Les jésuites y fondèrent une école en 1621, aujourd’hui transformée en école primaire. Les bâtiments, remaniés aux XVIIIe et XIXe siècles, conservent une cage d’escalier d’origine. L’église, endommagée pendant les guerres, reste un symbole du patrimoine alsacien, mêlant histoire médiévale et restaurations modernes.