Origine et histoire de l'Église Sainte-Geneviève
L’église Sainte‑Geneviève de Marolles (Oise) est une paroisse catholique bâtie au début du XIIe siècle et classée monument historique par arrêté du 15 janvier 1920. Elle a été édifiée dans les années 1130 par un atelier venu de Normandie et présente un roman tardif qui introduit déjà l’arc en tiers‑point et la voûte d’ogives, principalement visible à la croisée du transept. L’intérieur réserve une grande sobriété pour la nef, tandis que l’extérieur fut richement décoré : archivolte du portail occidental, corniches et ornements des fenêtres, aujourd’hui surtout lisibles depuis les bas‑côtés. Le principal vestige des années 1130 est l’imposant clocher roman à trois étages de baies surmonté d’une haute flèche octogonale en pierre, considéré comme l’un des plus beaux du département. Les élévations extérieures sont pour l’essentiel gothiques, notamment flamboyantes, en raison d’importantes campagnes de remaniement : reconstruction du croisillon nord au cours des années 1240, puis, au XVIe siècle, remplacement du chœur, du croisillon sud et du bas‑côté sud dont le voûtement resta inachevé. La voûte romane du carré du transept fut reprise en sous‑œuvre sur trois côtés, et les parties orientales conservent néanmoins une lecture cohérente. Sous l’Ancien Régime la cure relevait du doyenné de Coyolles, de l’archidiaconé de la Rivière et du diocèse de Soissons ; le collateur était le chapitre de Soissons par donation de l’évêque Josselin de Vierzy, et la dîme était partagée entre le curé, le séminaire diocésain, l’hôtel‑Dieu de Soissons et le commandeur de Moisy‑le‑Temple. À la Révolution, les découpages diocésains furent remaniés mais l’église dépend aujourd’hui de la paroisse Saint‑Félix de Valois à La Ferté‑Milon, où des messes dominicales anticipées sont célébrées irrégulièrement deux ou trois fois par an. Les travaux primordiaux des années 1130‑1140 concernent le portail occidental, la nef, le bas‑côté nord, la base du clocher et la croisée du transept ; l’étage de beffroi du clocher et sa flèche sont postérieurs et les piliers des grandes arcades du sud ont été retaillés. La campagne flamboyante du XVIe siècle a aussi intégré quelques éléments de vocabulaire Renaissance, en particulier dans l’élévation et le remplage des baies du bas‑côté sud. Après la Seconde Guerre mondiale l’édifice fut laissé dans un mauvais état — sacristie détruite et nombreuses fenêtres obstruées — puis restauré pour retrouver un état satisfaisant. Le plan est orienté et comprend une nef de quatre travées accompagnée de bas‑côtés inégaux, un transept aux deux croisillons reconstruits à des époques différentes et un chœur formé d’une courte travée droite et d’une abside à trois pans ; la base du clocher occupe la dernière travée du bas‑côté nord et la sacristie actuelle jouxte la troisième travée du bas‑côté sud. La nef n’a jamais été voûtée et montre un plafond plat en bois relié aux murs gouttereaux par des lambris en quart‑de‑cercle ; seules les quatre travées orientales sont couvertes d’ogives et la base du clocher est voûtée en berceau brisé perpendiculairement à l’axe de l’édifice. L’accès se fait par le portail occidental ou par le portail latéral de la quatrième travée du bas‑côté sud, le portail du croisillon sud étant condamné. La nef illustre la coexistence de traits archaïques et novateurs du XIIe siècle : grandes arcades en tiers‑point sans colonnettes à chapiteaux, piliers allongés munis d’impostes sculptées, arcades à simple rouleau et polychromie architecturale en tons d’ocre encore perceptible, surmontée au XVIe siècle de peintures d’apôtres. Les élévations nord et sud diffèrent par leurs proportions et leurs profils d’impostes, les fenêtres hautes ayant par ailleurs été partiellement occultées lors de la rehausse des toitures des bas‑côtés. La façade occidentale conserve surtout une triple archivolte romane, partiellement mutilée par le percement ultérieur d’un grand oculus aujourd’hui bouché ; les voussures présentent des décors d’influence normande, bâtons brisés et motifs en X, ainsi qu’un registre de têtes stylisées. Le clocher, situé à l’angle entre la nef et le croisillon nord, comporte trois étages de baies et une flèche octogonale ; l’étage de beffroi est particulièrement soigné, avec colonnettes, chapiteaux feuillagés, cordon de têtes de clous et modillons sculptés, tandis que les deux étages inférieurs sont plus sobres. La croisée du transept et le clocher forment la partie la plus remarquable de l’intérieur : la voûte d’ogives des années 1130, attribuée à un atelier normand, présente des profils et des chapiteaux en faible relief évoquant des godrons et des palmettes, et montre des caractéristiques anciennes comme des voûtains bombés et des ogives à boudin. Le croisillon nord, repris au XIIIe siècle, ouvre par un doubleau à double rouleau gothique qui s’intègre habilement à la voûte romane, tandis que le croisillon sud et le chœur, reconstruits tardivement, relèvent du gothique flamboyant avec liernes, tiercerons et culs‑de‑lampe sculptés. Le bas‑côté sud, rustique et daté du second quart du XVIe siècle, offre des baies en plein cintre au remplage d’inspiration Renaissance, des départs de voûtes inachevés et une diversité de culs‑de‑lampe sculptés ; il met en regard la corniche romane du mur gouttereau sud de la nef. Le mobilier comporte quatorze éléments classés ou inscrits parmi lesquels un grand Christ en croix en bois, des fonts baptismaux du XVe siècle avec couvercle de chêne, un confessionnal du XVIIIe siècle et plusieurs meubles de sacristie des XVIIe‑XVIIIe siècles, inscrits depuis juin 2003. Des panneaux peints recto/verso et plusieurs tableaux datés du XVIe siècle, dont un Portement de Croix peint d’après la Sainte Face et lié par une inscription au cardinal Charles de Lorraine, figurent parmi les œuvres conservées ; certaines peintures et panneaux ont été restaurés et protégés. Les deux retables latéraux en bois sculpté et peint, datés de 1591 pour l’un et de facture baroque, occupent les chevet des croisillons et présentent des tableaux centraux représentant le Baptême du Christ et l’Assomption, encadrés de statues d’apôtres. Dans son ensemble, Sainte‑Geneviève de Marolles associe un clocher roman et une croisée à voûtes d’ogives précoces à des interventions gothiques et renaissantes, formant un ensemble architectural particulièrement intéressant dans la vallée de l’Ourcq.