Origine et histoire de l'Église Sainte-Jeanne-d'Arc
L'église Sainte-Jeanne-d'Arc du Mans, initialement nommée Hôtel-Dieu de Coëffort, fut fondée en 1180 par Henri II Plantagenêt, roi d'Angleterre et comte du Maine, en expiation du meurtre de Thomas Becket. Construite en style Plantagenêt, elle se situait alors en périphérie de la ville médiévale, près d’une route de pèlerinage, et servait d’hôpital pour les malades, les pauvres et les pèlerins. L’édifice, placé sous l’autorité de l’évêque, devint aussi un lieu de pardon et de distribution d’indulgences, avant d’accueillir des enfants trouvés au XIVe siècle.
Au XVIIe siècle, l’hôpital fut confié aux Lazaristes, qui y installèrent un séminaire et transformèrent la grande salle des malades en chapelle en 1649, sous l’impulsion de saint Vincent de Paul. Après la Révolution, l’édifice devint un bien national : son mobilier fut dispersé, et il servit même d’écurie pour l’armée. En 1923, il prit le nom d’église Sainte-Jeanne-d'Arc avec la création de la paroisse homonyme, avant d’être classé monument historique en 1947. Sa restauration, entamée en 1951, révéla en 1953 le trésor de Coëffort, un ensemble exceptionnel d’orfèvrerie médiévale du XIVe siècle, aujourd’hui exposé au musée archéologique du Mans.
Le trésor, composé de 31 pièces en argent (coupes, cuillères, aiguière), fut enfoui en 1420 pour échapper aux pillages anglais pendant la guerre de Cent Ans. Les pièces, marquées du poinçon « C » pour Coëffort, témoignent de l’unité artistique rare de l’orfèvrerie civile médiévale. L’église, avec ses 21 voûtes gothiques, ses peintures murales du XIIIe siècle (comme l’Agneau mystique) et ses vitraux modernes signés Max Ingrand, allie héritage Plantagenêt et patrimoine religieux. Son architecture, typique des hôpitaux-monuments de l’Ouest, en fait un témoin majeur de l’histoire hospitalière et artistique du Mans.
L’intérieur, long de 50 mètres, conserve des chapiteaux du XIIe siècle, des tapisseries du XVIIe siècle (dont une représentant Jeanne d’Arc, tissée à Aubusson en 1656), et des traces de l’occupation militaire, comme des crochets de suspension pour les cavaliers. Les vitraux, installés après 1955, célèbrent des figures liées à l’histoire du lieu : Henri II, Jeanne d’Arc, saint Vincent de Paul, et le cardinal Grente, artisan de la renaissance cultuelle de l’église. Le séminaire adjacent, détruit en 1962, a laissé place aux lycées Touchard et Washington.
Classée depuis 1947, l’église est aujourd’hui un lieu de culte et de mémoire, où la pierre tombale du père Jean Briand, curé restaurateur décédé en 1991, rappelle l’engagement pour sa préservation. Le trésor de Coëffort, avec ses coupes gothiques et ses cuillères à glands dorés, reste une référence mondiale pour l’orfèvrerie civile médiévale, tandis que l’édifice incarne la transition entre l’hospitalité médiévale et le patrimoine religieux contemporain.