Origine et histoire de l'Église Sainte-Madeleine
L'église Sainte-Madeleine de Trie-Château, située dans le département de l'Oise en région Hauts-de-France, est un édifice religieux marqué par une architecture hybride. Construite aux alentours de 1100, sa nef romane est prolongée vers 1160 par un narthex au décor exubérant, souvent comparé au croisillon nord de l'église Saint-Étienne de Beauvais. Ce narthex, partiellement authentique, a été restauré de manière controversée au XIXe siècle par l'architecte Aymar Verdier, qui a réinventé ses parties hautes dans un style néo-roman. Le chœur gothique, ajouté vers 1200, remplace un sanctuaire roman et se distingue par ses voûtes d'ogives et un triplet au chevet plat.
La fondation de Trie-Château comme place forte vers 1100, dans un contexte de tensions entre le Vexin français et la Normandie, explique la construction précoce de l'église. Sous l'Ancien Régime, la paroisse dépendait de l'archidiocèse de Rouen, et la cure était à la collation du seigneur local. L'édifice a subi plusieurs campagnes de restauration, notamment entre 1860 et 1867, où des éléments néo-romans ont été ajoutés, suscitant des critiques pour leur manque d'authenticité. Classée monument historique dès 1862, l'église conserve des traces de son histoire médiévale, malgré les remaniements des XIXe et XXe siècles.
Le narthex, avec sa façade à la décoration extravagante, est l'élément le plus remarquable de l'édifice. Ses portails et fenêtres, ornés de sculptures romanes tardives, évoquent un « style roman fleuri » inspiré des modèles du Sud-Ouest de la France. À l'intérieur, la nef, dépourvue de voûtes authentiques, partage avec le narthex une charpente gothique flamboyante ornée d'engoulants naïfs. Le chœur, plus sobre, présente des colonnettes appareillées et des chapiteaux sculptés de feuilles polylobées, reflétant des contraintes économiques lors de sa construction.
Un épisode notable de l'histoire de l'église concerne un triplet de baies romanes découvert en 1936 lors de la démolition d'une maison voisine. Ces éléments, stylistiquement proches du portail de l'église, ont été vendus à un antiquaire parisien avant d'être acquis par le Victoria and Albert Museum de Londres. Leur origine exacte reste débattue, mais leur style suggère une provenance de l'église ou de son environnement immédiat.
L'église Sainte-Madeleine a également été enrichie par des dons et des restaurations ultérieures, comme les vitraux offerts en 1872 par le comte Joseph Arthur de Gobineau, ou les autels en céramique installés en 1948. Aujourd'hui, elle reste un témoignage architectural majeur du Vexin français, mêlant influences romanes et gothiques, malgré les transformations subies au fil des siècles.