Origine et histoire de l'Église Sainte-Madeleine-et-Saint-Jean
L'église Sainte-Madeleine-et-Saint-Jean se situe à Louresse-Rochemenier, dans le Maine-et-Loire. L'édifice, inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques le 20 novembre 1972, fait partie du réseau des « Églises Accueillantes en Anjou ». De fondation inconnue, la première implantation au cœur du bourg de Rochemenier remonterait au XIVe siècle ; une chapelle seigneuriale y est attestée dès 1313 sous le vocable de Sainte-Émérance. Après la destruction de l'église primitive de Varennes par les protestants en 1567, la chapelle devint église paroissiale à la fin du XVIe siècle et reprit le double vocable de Sainte-Madeleine et Saint-Jean, tout en conservant une dévotion à Sainte-Émérance. Par ordonnance de l'évêque d'Angers du 12 mai 1700, le cimetière de Rochemenier fut créé pour remplacer celui de Varennes, et les habitants gardent aujourd'hui le droit d'être inhumés dans le petit cimetière voisin. La paroisse fut supprimée par ordonnance épiscopale le 20 février 1809 et rattachée à Louresse ; l'église devint chapelle auxiliaire, la commune n'étant toutefois rattachée à Louresse qu'en 1842. Chaque 23 janvier ou le quatrième dimanche de janvier, une messe est célébrée en l'honneur de Sainte-Émérance, dont la dévotion, d'origine médiévale, est liée à une légende de martyre et à des traditions populaires de protection contre les maux de ventre, le tonnerre et la grêle. Une coutume attestée jusqu'au début du XXe siècle voulait qu'un sonneur fasse tinter la cloche pour éloigner l'orage.
L'édifice, de petites dimensions (30 m sur 8 m), a connu de multiples remaniements. Les murs sont en moellons de grison (falun dur de Doué-la-Fontaine) et en tuffeau, la couverture est en ardoise avec un toit à longs pans et croupe. La façade occidentale, d'inspiration romane et soutenue par deux puissants contreforts, comporte un portail en tuffeau orné de moulures, d'une accolade fleuronnée et d'une voussure de style Renaissance ; une fenêtre ogivale y a été percée au XVIe siècle lors de restaurations. Le clocher-mur, peu fréquent en Anjou, a pris une forme arrondie vers 1870 au-dessus d'un ancien pignon ; il présente une bretèche double et n'abrite aujourd'hui qu'une cloche ancienne datée de 1540 portant l'inscription « LAN 1540 JE FUS FONDUE ET BAPTISÉE LOUANGE A DIEU », probablement rescapée de l'église de Varennes. Le portail en tuffeau porte des graffitis de pèlerins, souvent religieux ou symboliques, gravés dans la pierre tendre.
L'intérieur est sobre et comprend une nef unique de style classique sans transept, une charpente rustique et une voûte lambrissée en bois du XVIe siècle rénovée en 2007 ; les murs sont blanchis à la chaux. Le sol est recouvert de dalles funéraires sur lesquelles subsistent encore des inscriptions ; les registres paroissiaux mentionnent plus de cinquante inhumations à l'intérieur, principalement des ecclésiastiques et des personnes de condition aisée, tandis que les défunts plus modestes étaient enterrés autour de l'église ou en fosse commune. Le chœur est lumineux ; à l'entrée de l'abside se trouve un autel dont la première pierre fut posée en 1731, surmonté d'un tabernacle de style Louis XIV et flanqué d'un Christ ancien en bois. Plusieurs statues polychromes ornent l'édifice, dont une sainte Catherine d'Alexandrie et une autre figure tenant un livre, attribuées au XVIe siècle, ainsi que quatre statues de saints du XVIIIe siècle offertes par le curé Pierre Pauvert et achevées puis bénies le 27 septembre 1772, œuvres du sculpteur Sébastien Johan Leysner. On remarque enfin une niche destinée à brûler des « rousines », chandelles de chanvre imprégnées de résine utilisées comme cierges pour obtenir des grâces.