Origine et histoire de l'Église Sainte-Marie
L’église Sainte-Marie de Quarante est un édifice roman situé à Quarante, dans l’Hérault, en région Occitanie. Son plan, composé de trois nefs, d’un transept, d’un porche, de deux clochers et d’un petit clocheton sur la croisée, en fait l’un des principaux monuments de la région. La commune tire son nom non pas des quarante martyrs évoqués par la tradition, mais du nom latin de la rivière Quarante, Caranta. L’église apparaît dans les actes dès le début du premier millénaire sous les formes Sancta Maria de Vico Quadraginta (902), Sancta Maria ad Quarante (961) et Sancta Maria de Quadraginta (990). Un concile de Narbonne de 902 mentionne un différend impliquant le prêtre Théodebald de Quarante, où l’église est citée sous le nom Sanctae Mariae de vico cognomento Quadraginta. À la fin du Xe siècle se constitue une communauté de chanoines réguliers qui font de l’église une abbaye et bénéficient de testaments en leur faveur, notamment ceux de Raymond, comte de Rouergue, d’Adélaïde, vicomtesse de Narbonne, et d’Ermengaud, archevêque de Narbonne. L’église a été reconstruite à cette époque et plusieurs actes signalent des dédicaces : une mention attribue une dédicace à l’archevêque Ermengaud en 982, et un acte de 1053 relate une cérémonie au cours de laquelle l’archevêque Guifred de Cerdagne, avec d’autres prélats, consacra l’édifice et plusieurs autels. La construction actuelle date des XIe et XIIIe siècles, avec des transformations aux XVIIIe et d’autres remaniements postérieurs ; l’édifice est classé au titre des monuments historiques depuis le 19 décembre 1907.
La nef est voûtée en berceau et n’est éclairée que par six étroites baies au sud ; la croisée du transept est surmontée d’une coupole allongée et les bas-côtés sont voûtés d’arêtes. Chaque nef se termine par une abside en cul-de-four ; l’abside centrale pourrait avoir comporté deux rangs de fenêtres, les arcades supérieures ayant peut-être un rôle décoratif seulement. Sous chacun des clochers se trouve une petite coupole octogonale portée par des trompes. La porte principale, à l’ouest et dans l’axe de la nef, est ornée d’une croix inscrite dans un cercle et d’une archivolte en lave noire. Vers le XVe siècle, le bas-côté sud a été sommairement crénelé, traduisant un usage défensif partiel.
L’église est bâtie en pierre de taille assemblée en appareil irrégulier et couverte de tuiles ; elle présente un clocher carré coiffé d’une flèche octogonale qui domine un petit clocheton octogonal sur la croisée. L’accès se fait par un porche du XIIe siècle remanié au XVIIe siècle en style classique ; ce porche, élevé en grand appareil et surmonté d’un fronton triangulaire en pierre calcaire, masque la façade occidentale. La façade sud, soutenue par des contreforts plats, est percée d’ouvertures cintrées soulignées par un cordon de basalte noir à l’extrados ; une surélévation défensive se lit dans la variation de couleur et d’appareil de la maçonnerie, rendant moins lisible l’étage supérieur de la nef décoré de lésènes et de bandes lombardes. À l’angle nord-est, le chevet de style roman lombard ferme l’édifice, bien que son appréciation soit rendue difficile par le manque de recul. L’ensemble comporte par ailleurs des éléments remarquables tels que le chevet roman lombard, le porche, une statue de saint Pierre et une porte romane.
À l’intérieur, la disposition et les voûtements soulignent la monumentalité du plan et la qualité des élévations ; l’église possède également des vitraux qui rythment la lumière. Parmi les mobiliers anciens, on note deux autels à lobes en marbre du XIe siècle : l’un occupe l’absidiole gauche, l’autre, qui sert de maître-autel, est reconnu pour la finesse de sa décoration et fait partie des plus beaux autels à lobes languedociens.