Origine et histoire de l'Église Sainte-Marie
L'église Sainte-Marie, aussi appelée Notre-Dame de l'Assomption, est un édifice catholique situé à Roquefort (Landes), fondé au début du XIIe siècle par l'abbaye de La Sauve-Majeure sur un terrain donné en 1108 par le vicomte Loup Aner. Initialement modeste, elle servait à la fois de prieuré bénédictin voué à la Vierge Marie et d'église paroissiale, séparée en deux parties par un mur. Son plan en trèfle, typique des constructions bénédictines, reflète son lien avec l'abbaye-mère, avec une abside centrale flanquée de deux absidioles latérales.
Au XIIIe siècle, l'église passe sous le contrôle de l'abbaye de Saint-Sever, comme en témoigne une bulle pontificale de 1266. Elle subit des agrandissements successifs entre les XIIIe et XVIIe siècles, financés conjointement par les bénédictins et les jurats locaux. Au XIVe siècle, la ville de Roquefort s'étend et se dote d'une double enceinte ; l'église, située à la jonction des murs, est fortifiée, son chevet roman renforcé par des contreforts et transformé en structure défensive. Pendant les guerres de Religion (1569), elle est partiellement détruite par les huguenots de Montgomery, puis restaurée en 1587 par le prieur Cosme de Lafitte, qui modifie son chevet pour le stabiliser.
L'architecture de l'église mêle éléments romans (absidioles du XIIe siècle) et gothiques (nef voûtée d'ogives, portail sud). Son clocher-tour, souvent confondu à tort avec un donjon médiéval, date en réalité du XIVe siècle et servait de tour de guet pendant la guerre de Cent Ans. À l'intérieur, des peintures murales des XVIIIe et XIXe siècles ornent les murs, tandis que deux tableaux de l'Assomption, dont un du XVIe siècle redécouvert en 1951, rappellent sa vocation religieuse. L'édifice, classé Monument Historique en 1996, a bénéficié d'une restauration majeure entre 2004 et 2016.
L'église Sainte-Marie illustre les transformations liées aux conflits et à l'évolution du culte : fortifiée pour résister aux assauts, elle conserve des traces de son passé monastique (sépulture des moines, cloître disparus) et paroissial (portail armorié, porte des cagots). Son enclos funéraire abrite une chapelle Saint-Joseph, probable sépulture de la famille de Camon-Talence, ajoutée après les guerres de Religion. Cédée aux Bénédictines de Bordeaux en 1638, elle devient une simple église paroissiale, avant d'être affectée au culte de la Raison pendant la Révolution.
Son histoire reflète aussi les tensions locales : pillée pendant la Fronde (1648-1653) par les troupes royales en représailles à la révolte de Roquefort, elle est occupée comme caserne. Les restaurations des XVIIe et XVIIIe siècles (arc-boutant de 1748, voûtes refaites) visent à réparer ces dégradations. Au XIXe siècle, des modifications esthétiques (chapiteaux corinthiens, tribune en pierre) altèrent partiellement son aspect médiéval, tandis que des peintures murales couvrent les murs en 1882. Aujourd'hui, elle reste un témoignage majeur du patrimoine religieux et défensif des Landes.