Frise chronologique
1047
Fondation de l’abbaye
Fondation de l’abbaye
1047 (≈ 1047)
Création par Geoffroy Martel et Agnès de Bourgogne.
XIIe siècle
Reconstruction de l’église
Reconstruction de l’église
XIIe siècle (≈ 1250)
Financement par Aliénor d’Aquitaine et Agnès de Barbezieux.
1320
Protection royale française
Protection royale française
1320 (≈ 1320)
Agnès de Rochechouart défie l’autorité anglaise.
1568
Saccage huguenot
Saccage huguenot
1568 (≈ 1568)
Dévastation pendant les guerres de Religion.
1650-1660
Reconstruction classique
Reconstruction classique
1650-1660 (≈ 1655)
Bâtiments conventuels rebâtis par Françoise de Foix.
1792
Fermeture révolutionnaire
Fermeture révolutionnaire
1792 (≈ 1792)
Expulsion des moniales, transformation en prison.
1924
Rachat par la ville
Rachat par la ville
1924 (≈ 1924)
Début des restaurations, retour au culte en 1939.
1970-1980
Renaissance culturelle
Renaissance culturelle
1970-1980 (≈ 1975)
Création de la cité musicale et du Festival de Saintes.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Personnages clés
| Geoffroy Martel - Comte d’Anjou et fondateur |
Initiateur de l’abbaye en 1047. |
| Agnès de Bourgogne - Comtesse d’Anjou et cofondatrice |
Épouse de Geoffroy Martel, impliquée dans la fondation. |
| Aliénor d’Aquitaine - Duchesse et mécène |
Finance la reconstruction de l’église au XIIe siècle. |
| Agnès de Barbezieux - Abbesse (1137-1174) |
Parente d’Aliénor, supervise les travaux de l’église. |
| Agnès de Rochechouart - Abbesse (1311-1333) |
Place l’abbaye sous protection française en 1320. |
| Françoise de La Rochefoucauld - Abbesse (1559-1606) |
Sauve l’abbaye des huguenots en 1568. |
| Françoise de Foix - Abbesse (1606-1666) |
Reconstruit les bâtiments conventuels au XVIIe siècle. |
| Marie-Madeleine de Beaudéan de Parabère - Dernière abbesse (1754-1792) |
Meurt lors de la fermeture révolutionnaire. |
Origine et histoire
L’abbaye aux Dames, fondée en 1047 par Geoffroy Martel, comte d’Anjou, et son épouse Agnès de Bourgogne, est un monastère bénédictin féminin établi près de la basilique funéraire de l’évêque Pallais, sur la rive droite de la Charente. Placée sous la protection du pape, elle devient l’une des abbayes les plus influentes du Sud-Ouest grâce à des dons royaux et des privilèges comme celui de battre monnaie. Son apogée au XIIe siècle coïncide avec le mécénat d’Aliénor d’Aquitaine, parente de l’abbesse Agnès de Barbezieux, qui finance la reconstruction de l’église abbatiale.
L’église Sainte-Marie, chef-d’œuvre du roman saintongeais, se distingue par sa façade sculptée et son clocher « en pomme de pin », inspiré des monuments antiques. La nef, initialement à trois vaisseaux, est transformée en un vaisseau unique couvert de coupoles au XIIe siècle. Les guerres de Religion (1568) et deux incendies (1608, 1648) endommagent gravement le monastère, mais l’abbesse Françoise de Foix entreprend une reconstruction majeure au XVIIe siècle, donnant aux bâtiments conventuels leur aspect classique actuel.
La Révolution française met fin à la vie monastique en 1792 : l’abbaye devient prison, puis caserne sous Napoléon Ier. Rachatée par la ville en 1924, l’église est restaurée et rendue au culte en 1939. Classée monument historique dès 1846, elle est aujourd’hui le cœur de la « cité musicale » de Saintes, accueillant le Festival de Saintes et un centre culturel. Les fouilles de 1986 ont révélé les vestiges du cloître médiéval, tandis que les bâtiments conventuels abritent désormais une école de musique et des espaces dédiés à la création artistique.
Parmi les 30 abbesses qui se sont succédé de 1047 à 1792, plusieurs marquent l’histoire du lieu, comme Agnès de Rochechouart, qui place l’abbaye sous protection française en 1320 malgré les revendications anglaises, ou Françoise de La Rochefoucauld, qui sauve une partie des bâtiments lors des guerres de Religion. La dernière abbesse, Marie-Madeleine de Beaudéan de Parabère, meurt en 1792 lors de la fermeture du monastère. L’abbaye, symbole du pouvoir spirituel et temporel des femmes nobles, illustre aussi les tensions politiques entre France et Angleterre en Aquitaine.
Le site, inscrit à l’inventaire des monuments historiques en 1948, allie patrimoine architectural et rayonnement culturel. La façade occidentale, bien que mutilée, conserve des sculptures remarquables (vieillards de l’Apocalypse, anges, symboles des évangélistes), tandis que le clocher, dépourvu de cloches depuis la Révolution, reste un emblème de la ville. Les bâtiments conventuels, restaurés dans les années 1980, abritent aujourd’hui des résidences d’artistes et des salles de concert, perpétuant la vocation éducative et artistique de l’abbaye.