Origine et histoire
L'église Sainte-Maure-et-Sainte-Brigide de Nogent-sur-Oise, située dans le département de l'Oise en région Hauts-de-France, est un édifice catholique paroissial d’un grand intérêt archéologique. Elle se distingue par son clocher roman à trois étages, richement décoré, et son chœur-halle gothique rayonnant du XIIIe siècle, construit d’un seul tenant vers 1245. La nef et le transept, plus anciens, datent de la fin du XIe ou du début du XIIe siècle. L’église est classée monument historique dès 1846, parmi les premières du département, en raison de ses particularités architecturales et de son histoire liée aux reliques des saintes Maure et Brigide, deux vierges écossaises martyrisées au Ve siècle.
Les reliques des saintes Maure et Brigide, d’abord enterrées à Balagny-sur-Thérain, furent transférées à Nogent au VIIe siècle après des miracles signalés sur leurs tombes. En 1185, leurs reliques furent placées dans l’église, peu avant leur canonisation. Au XIIIe siècle, le roi saint Louis, impressionné par la modestie de l’édifice, offrit un nouveau chœur pour abriter dignement ces reliques. Ce chœur-halle, achevé vers 1245, est considéré comme l’un des plus harmonieux de la région, malgré des contraintes économiques visibles dans l’absence de décoration des clés de voûte ou des formerets.
L’église a subi peu de modifications majeures au fil des siècles. Au XVIIe siècle, des enfeus furent ajoutés pour des tombes seigneuriales, comme celui de Jean Bardeau en 1632. Au XIXe siècle, des restaurations furent entreprises, notamment par l’architecte Ramée en 1850, qui remplaça la charpente de la nef par une fausse voûte en berceau et remania les toitures. Le clocher, endommagé au XXe siècle par des bombardements en 1942 et un incendie en 1983, fit l’objet de plusieurs campagnes de consolidation. Malgré ces aléas, l’église conserve des éléments remarquables, comme ses vitraux du XIIIe siècle, ses statues des saintes du XIVe siècle, et des châsses du XVIIIe siècle abritant leurs reliques.
Le clocher roman, considéré comme l’un des plus beaux de la vallée de l’Oise, se distingue par ses trois étages percés de baies géminées ou triples, ornées de cordons de billettes et de pointes-de-diamant. Ses contreforts, ses colonnettes torsadées et ses chapiteaux sculptés de motifs variés (feuillages, personnages, géométries) en font un chef-d’œuvre de l’art roman. À l’intérieur, la nef, sobre et dépourvue d’ornementation, contraste avec le chœur-halle gothique, où la symétrie des travées, les voûtes sur croisées d’ogives et les fenêtres à lancettes tréflées créent une harmonie architecturale rare. Les piliers cylindriques centraux, appareillés en tambour, et les chapiteaux à feuillages recourbés en crochets ajoutent à l’élégance de l’ensemble.
Le mobilier de l’église inclut des pièces notables, comme une cheminée du XVe siècle, probablement issue du château de Sarcus, et des statues en bois des saintes Maure et Brigide datant du XIVe siècle. Deux châsses du XVIIIe siècle, en chêne taillé et doré, abritent leurs reliques, tandis que des dalles funéraires des XVe et XVIIe siècles et un gisant du XVe siècle, provenant de l’abbaye Saint-Lucien de Beauvais, témoignent de son riche passé. Les vitraux, partiellement détruits pendant la Seconde Guerre mondiale, comptent encore une verrière du XIIIe siècle représentant le Jugement dernier. Ces éléments, classés au titre des monuments historiques, soulignent l’importance patrimoniale de l’édifice.
L’église Sainte-Maure-et-Sainte-Brigide, affiliée à la paroisse de Tous les Saints du Creillois-Nord, reste un lieu de culte actif tout en étant un témoignage exceptionnel de l’évolution architecturale entre les périodes romane et gothique. Son histoire, liée aux saintes patronnes et aux interventions royales, ainsi que sa conservation précoce comme monument historique, en font un édifice emblématique du patrimoine religieux des Hauts-de-France.