Origine et histoire de l'Église Sainte-Maure-et-Sainte-Brigide
L'église Sainte-Maure-et-Sainte-Brigide, église paroissiale catholique, se dresse à Nogent-sur-Oise, dans le quartier ancien dit Royaumont, place de l'Église, à proximité de la place de la République. La façade occidentale, abritant le portail sous un porche, s'ouvre sur un parvis qui correspond à l'ancien cimetière où subsistent la croix de cimetière, la chapelle funéraire de la famille du maréchal Gérard et quelques pierres tombales. La façade méridionale donne sur le jardin du presbytère ; la façade septentrionale n'est visible que depuis un étroit passage et la façade orientale est inaccessible depuis le domaine public. Classée monument historique dès 1846, elle appartient à la paroisse de Tous les Saints du Creillois-Nord.
Les patronnes de l'église sont deux vierges écossaises martyrisées à Balagny-sur-Thérain à la fin du Ve siècle ; leurs corps furent d'abord enterrés sur place puis transférés à Nogent avant d'être mis à l'honneur dans l'église, au moment du transfert des reliques en 1185. La nef, le clocher et le transept datent vraisemblablement de la fin du XIe ou du début du XIIe siècle. En 1241, le roi saint Louis fit offrir de nouvelles châsses, et la tradition attribue à son séjour la décision d'édifier un chœur plus digne ; la construction du chœur-halle gothique commença vraisemblablement autour de 1245 ou peu après. Jusqu'au 1er juillet 1905, la commune porta le nom de Nogent-les-Vierges.
L'édifice a peu été transformé : en 1632 un enfeu pour Jean Bardeau modifia la première travée nord, et un projet de chapelle funéraire pour le maréchal Gérard en 1841 fut remplacé par un enfeu de style XVIIe siècle après le classement. Une campagne de restauration menée à partir de 1850 sous la direction de l'architecte Ramée remania les toitures, remplaça la charpente et fit poser la fausse voûte en berceau actuelle ; d'autres travaux de consolidation et de couverture eurent lieu en 1925, 1932 et après les bombardements de 1942, avec des réparations conduites jusqu'en 1949, puis de nouveau après un incendie en 1983.
Orientée de façon irrégulière sud-ouest — nord-ouest, l'église se compose d'une nef romane de trois travées sans bas-côtés, d'un transept de la même époque supportant un clocher central et d'un chœur-halle gothique rayonnant de trois fois deux travées, d'une grande homogénéité et harmonie. Le porche qui précède le portail est désaxé vers la droite ; les croisillons du transept débordent largement sur la nef et communiquent avec elle par deux passages berrichons. Les toitures en bâtière du chœur recouvrent l'extrémité orientale des croisillons.
L'intérieur de la nef est sobre et peu orné ; elle est éclairée par trois petites baies plein cintre de chaque côté et coiffée d'une fausse voûte en berceau en bois plâtré. Le transept conserve une grande simplicité : les croisillons sont voûtés en berceau perpendiculairement à l'axe de l'édifice, la base du clocher a été renforcée dès le XIIe siècle et de petits oculi assurent l'éclairage latéral. Le chœur-halle, qui appartient à un groupe régional de chœurs-halle du nord du bassin parisien, combine des choix d'économie (clés de voûte non décorées, absence de formerets, soubassements de fenêtres nus) et une exécution d'une grande qualité ; cinq des six travées sont strictement identiques, voûtes et supports sont uniformes et les sept fenêtres présentent le même remplage à trois lancettes surmontées de trois oculi quadrilobés.
Les voûtes d'ogives retombent sur des piliers composés engagés le long des murs, tandis que deux piliers centraux cylindriques isolés réduisent l'encombrement ; les chapiteaux circulaires et de faible hauteur sont sculptés de feuillages recourbés en crochets. L'absence de formerets entraîne des compositions variées de colonnettes dans les angles et aux doubleaux, lesquels sont plus richement moulurés et remplacent ici les grandes arcades habituelles ; la dernière travée centrale se prolonge en saillie et est voûtée en berceau selon le profil des ogives.
À l'extérieur, la façade occidentale et le chœur sont en pierre de taille tandis que les murs gouttereaux de la nef et du transept sont en moellons réguliers ; on y observe une corniche à modillons partiellement conservée et, à gauche du porche, le vestige d'une fenêtre romane orné d'un cordon de billettes. Le porche présente une ouverture en tiers-point entourée de moulures et une baie latérale encadrée de deux colonnettes à chapiteaux, alors que le portail proprement dit est une simple porte rectangulaire.
Le clocher roman, remarquable et considéré comme l'un des plus beaux de la vallée de l'Oise, compte trois étages avec respectivement deux et trois baies par face selon les niveaux, et se pare de cordons de billettes et de motifs en pointe-de-diamant ; les colonnettes et colonnes monolithes qui encadrent les arcatures portent des chapiteaux aux décors variés, et la corniche sommitale fait alterner petites arcatures plein cintre et corbeaux sculptés.
Le mobilier comprend une cheminée du XVe siècle, rapportée et destinée à chauffer l'édifice, peut-être issue du château démantelé de Sarcus ; chaque travée du chœur reçoit un autel dont le soubassement de l'un d'eux intègre des clés de voûte récupérées au château de Sarcus. Deux statues en bois des saintes, datées du dernier quart du XIVe siècle, ont été repeintes au XIXe siècle. Les reliques sont conservées dans deux châsses en chêne doré datées d'environ 1700, et des verrières datées des XIIIe et XVIe siècles ont en partie été perdues pendant la Seconde Guerre mondiale, les autres ayant été fortement restaurées en 1948 ; subsiste notamment une verrière du milieu du XIIIe siècle représentant le Jugement dernier.
Parmi les œuvres funéraires et sculptées figurent le monument de Jean Bardeau (d. 1632), un gisant de Florimond de Villers-Saint-Paul provenant de l'abbaye Saint-Lucien et déposé en 1842, plusieurs dalles funéraires des XVe et XVIIe siècles et deux hauts-reliefs du premier XVIIe siècle représentant la nativité et la mort de la Vierge. La plupart de ces éléments sont protégés au titre des objets ou de l'immeuble lors du classement de l'église en 1846. Les cloches ont été refondues en 1864 ; les orgues et l'horloge astronomique ont été détruites lors de l'incendie de la nuit du 30 au 31 décembre 1983.