Origine et histoire de l'Église Sainte-Quitterie
L’église Sainte-Quitterie, aussi appelée Saint-Pierre, se dresse sur la colline du Mas, au sud-ouest d’Aire-sur-l’Adour (Landes). Son histoire remonte à un ancien temple romain dédié à Mars, converti en baptistère par les évêques des Tarusates. Le site, vénéré pour une source païenne réinvestie par le culte de sainte Quitterie, martyre wisigothe, fut donné au XIe siècle à des moines bénédictins. Ces derniers y fondèrent une abbaye pour animer le pèlerinage, avant que les guerres de Religion ne dévastent les lieux en 1569. L’église, reconstruite en style gothique dès la fin du XIIIe siècle, conserve un chevet du XIe–XIIe siècle et une crypte médiévale.
Le portail gothique, mutilé pendant les guerres de Religion, présente un Jugement dernier sculpté : le Christ en majesté trône au tympan, entouré de scènes du Paradis et de l’Enfer sur les linteaux. Les chapiteaux du chœur, ornés de motifs roman (lions, démons, pécheurs), évoquent des influences toulousaines ou locales comme Saint-Sever. Le sarcophage de sainte Quitterie, marbre du IVe–Ve siècle couvert de bas-reliefs bibliques, fut classé en 1903. Ce monument, classé dès 1840 et inscrit à l’UNESCO en 1998 pour son lien avec les chemins de Compostelle, symbolise la christianisation de lieux païens.
L’abbaye voisine, transformée en séminaire en 1661 puis laïcisée, abrite aujourd’hui un lycée. L’église, ancienne cathédrale, reste une étape majeure de la via Podiensis, attirant depuis le Moyen Âge des pèlerins logés dans des hospices comme celui du Mas. Son architecture mêle ainsi héritage roman (crypte, chevet), gothique (portail, nef) et baroque (retables des frères Mazzetti), témoignant de ses multiples reconstructions.
Les fresques de la crypte (XIVe siècle) et les réduits souterrains, où l’on enfermait les fous en quête de guérison par sainte Quitterie, rappellent les pratiques médiévales de dévotion et de médecine. Le déclin de l’abbaye après les guerres de Religion reflète celui d’Aire-sur-l’Adour, ancienne cité épiscopale. Aujourd’hui, l’église et son sarcophage classé incarnent à la fois un patrimoine artistique exceptionnel et une mémoire vivante du pèlerinage jacquaire.