Origine et histoire de l'Église Sainte-Radegonde
L’église Sainte-Radegonde, située au cœur du village éponyme en Aveyron, est un édifice gothique du XIIIe siècle, profondément remanié aux XIVe et XVe siècles pour devenir une église fortifiée. Ses origines remontent à une modeste église romane, dont il subsiste les deux premières travées de la nef. Au XIIIe siècle, le chœur et l’avant-chœur furent reconstruits en style gothique, ornés de peintures murales dont un fragment représente Ève au Paradis et des scènes de pèlerinage à sainte Radegonde. Ces fresques, redécouvertes en 1937, témoignent de la dévotion locale et des croyances médiévales liées aux miracles de la sainte.
À partir de 1360, face aux menaces de la guerre de Cent Ans, l’église fut transformée en refuge fortifié sur ordre de l’évêque de Rodez, seigneur du village. Une tour ouest de 20 mètres fut érigée au-dessus de l’entrée, flanquée de contreforts et d’une bretèche, tandis que la nef était surélevée de deux à trois étages pour accueillir une vingtaine de chambres accessibles par des échelles. Un puits fut creusé dans la première travée pour assurer l’autonomie des réfugiés. Ces aménagements reflètent l’adaptation des édifices religieux à un contexte de conflits, où les églises servaient aussi de protection pour les populations et leurs biens.
Dans les années 1380, une chapelle nord dédiée à saint Hilaire de Poitiers fut ajoutée, surmontée d’une tour de six étages avec un escalier en vis, portant le nombre de chambres à 29. Au XVe siècle, une chapelle sud (Notre-Dame-de-Pitié) compléta le faux-transept, et une tour sud fut construite, incluant une chambre indépendante pour le prieur. Les défenses furent modernisées avec des mâchicoulis remplacés par des échauguettes, et un chemin de ronde fut aménagé en encorbellement. En 1477, Déodat Randeynes devint le premier capitaine nommé pour commander le refuge, illustrant l’organisation militaire et sociale de l’époque.
Le clocher, ajouté au XVIe siècle, couronna la tour ouest. Les siècles suivants virent des usages épisodiques des chambres, malgré les interdictions épiscopales. Au XIXe siècle, des modifications majeures furent apportées : la sacristie fut construite en 1869 avec des matériaux récupérés des défenses, et en 1875, l’architecte F. Mazenq agrandit le sanctuaire d’un chevet néo-gothique à trois pans, orné de vitraux rappelant les miracles de sainte Radegonde. Classée Monument historique en 1925, l’église bénéficia de campagnes de restauration en 1925, 1952-1955, et 2009.
L’église abrite également des reliques de sainte Radegonde, arrivées en Aveyron après la profanation de son tombeau par les huguenots en 1562. Ces reliques firent de Sainte-Radegonde un lieu de pèlerinage local, renforçant son importance spirituelle. Les peintures murales du XIIIe-XIVe siècles, notamment celle du Paradis terrestre, et les aménagements défensifs en font un témoignage exceptionnel de l’architecture religieuse et militaire médiévale en Rouergue.