Origine et histoire de l'Église Sainte-Valérie
L'église Sainte-Valérie, aussi appelée église du Moutier, fut édifiée au XIIe siècle comme église monastique dépendant de l'abbaye Sainte-Valérie de Chambon-sur-Voueize. Fondée entre 1121 et 1125 par les seigneurs locaux (Felletin, Saint-Julien, Aubusson, Chambon) et soutenue par les comtes de la Marche, elle abritait une communauté monastique sous l'autorité d'un prieur. De cette période romane subsistent le chœur profond, le bras sud du transept avec son absidiole semi-circulaire, et trois piliers de la croisée. Des fouilles suggèrent qu'elle remplaça un édifice plus ancien.
En 1451, une catastrophe (incendie ou effondrement) ravagea partiellement l'église. La reconstruction fut lancée en 1454 sous l'impulsion du prieur Jean Mourin d'Arfeuille, avec l'allongement de la nef vers l'ouest et l'édification d'un clocher gothique flamboyant entre 1454 et 1477. Ce clocher, dernier des grands clochers limousins, se distingue par ses trois étages en retrait, ses statues de saints, et son décor de fleurs de lys. La nef, à vaisseau unique, fut dotée de chapelles latérales voûtées, tandis que le bras nord du transept reçut une voûte d'ogives.
Les moines bénédictins quittèrent le sanctuaire en 1581, probablement après l'occupation protestante de Felletin (1576–1580). L'église devint alors une église curiale, mais son entretien fit l'objet de tensions avec la paroisse rivale de Beaumont, malgré un concordat signé en 1602. Au XVIIe siècle, des réparations intérieures furent menées, comme l'installation du maître-autel sculpté par François Duhamel en 1673, orné d'une Vierge à l'Enfant et de statues de sainte Anne et sainte Barbe. Le retable du bras sud, transféré en 1886, provient de la chapelle Sainte-Croix des Pénitents noirs.
Au XVIIIe siècle, l'état de l'édifice se dégrada fortement : l'évêque de Limoges, Louis Charles du Plessis d'Argentré, la mit en interdit en 1776. Des travaux furent entrepris en 1782, et en 1791, elle devint l'église principale de Felletin par décret royal. Classée Monument Historique en 1910, elle bénéficia de restaurations majeures aux XIXe et XXe siècles, notamment en 1834 (réparation du dôme après un incendie), entre 1866 et 1872 (travaux dirigés par l'architecte Élie Pauly), et de 1991 à 1998 (restauration architecturale et mobilière).
L'église conserve des éléments remarquables comme les peintures murales redécouvertes en 1991 (représentant saint Laurent et saint Martin), les stalles du XIXe siècle, et la chapelle des Lissiers, décorée par des ouvriers tisserands locaux. Son clocher, avec ses gargouilles et ses statues sous dais, illustre l'art gothique flamboyant limousin, tandis que le chevet plat et les absidioles rappellent son origine romane. Le site, propriété de la commune, témoigne de l'histoire religieuse et sociale de Felletin, marquée par les rivalités entre bourgs médiévaux et les transformations post-Révolution.