Origine et histoire de l'Église San Michele
L'église Saint-Michel (San Michele) de Murato, édifiée vers 1140 au cœur de la Corse, est un chef-d'œuvre de l'art roman pisan. Son architecture polychrome, alternant serpentinite verte et calcaire blanc, reflète l'influence directe des monuments de Pise et de Toscane. Consacrée vers 1280 sous l'imperium pisane, elle se distingue par sa taille modeste, typique des édifices insulaires de l'époque, et son plan simple : une nef unique prolongée d'une abside semi-circulaire. Classée Monument Historique dès 1840, elle incarne le patrimoine religieux corse médiéval.
La façade occidentale, ornée d'un clocher-porche soutenu par des piliers cylindriques, révèle une décoration soignée : modillons sculptés (hommes, animaux, motifs naïfs), frises à arcatures, et fenêtres-meurtrières aux linteaux ornés de serpents entrelacés ou de rosaces. À l'intérieur, l'autel sobre contraste avec les vestiges de fresques du XIVe siècle, dont une Annonciation classée en 1908. Ces peintures, bien que fragmentaires, témoignent de la richesse artistique de l'édifice, complétée par des motifs symboliques comme des étoiles, des ciseaux, ou une main coupée.
San Michele s'inscrit dans le paysage religieux de la pieve de Bevinco, dont elle a récupéré le linteau de l'ancienne église principale. Son rôle communautaire persiste : une messe y est célébrée annuellement le 8 mai pour la fête communale, et elle reste ouverte au public en été. Le clocher, surélevé au XIXe siècle, et les arcatures polychromes de la façade rappellent les liens historiques entre la Corse et Pise, tout en affirmant une identité architecturale insulaire unique.
Les matériaux locaux (serpentinite, calcaire) et les techniques pisanes (lombardes, appareillage bicolore) soulignent l'adaptation du style roman à un contexte méditerranéen. Les modillons, représentant des batraciens ou des fleurs stylisées, ajoutent une touche de fantaisie rare dans l'art religieux médiéval. Malgré sa petite taille, l'église rivalise avec les grands édifices toscans par la qualité de ses détails, faisant d'elle un symbole du patrimoine corse sous domination pisan.
Aujourd'hui propriété communale, San Michele attire les visiteurs pour son histoire et son esthétique. La clé, disponible en mairie, permet d'accéder à ce monument où se mêlent héritage pisan, traditions locales, et art roman. Son classement précoce (1840) et la protection de ses fresques (1908) en font un témoin privilégié de l'histoire médiévale de la Corse, entre influences italiennes et spécificités insulaires.