Frise chronologique
XIIe siècle
Construction initiale
Construction initiale
XIIe siècle (≈ 1250)
Édifice roman pisan en schiste vert.
1468
Plaque commémorative
Plaque commémorative
1468 (≈ 1468)
Mention d’un miracle lié à la construction.
1554
Destruction partielle du village
Destruction partielle du village
1554 (≈ 1554)
Rasé par Andrea Doria (contexte génois).
XVIIe siècle
Remaniemens baroques
Remaniemens baroques
XVIIe siècle (≈ 1750)
Ajout de chapelles et voûtement de la nef.
1994
Effondrement de la coupole
Effondrement de la coupole
1994 (≈ 1994)
Chœur semi-circulaire endommagé.
24 janvier 1995
Classement Monument historique
Classement Monument historique
24 janvier 1995 (≈ 1995)
Inscription officielle de l’édifice.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise (cad. F 376) : inscription par arrêté du 24 janvier 1995
Personnages clés
| Andrea Doria - Amiral génois |
Rasa Canari et son château en 1554. |
| Ange-Antoine Lombardi - Maître-mineur |
Découvreur du filon d’amiante en 1898. |
| Pierbattista Santelli-Cenci - Seigneur de Canari (XVIe s.) |
Propriétaire du fief pendant les guerres de Sampiero. |
| Horatio Santelli Cenci - Seigneur et militaire |
Dalle funéraire dans l’église (1595). |
Origine et histoire
L’église Santa Maria Assunta de Canari, située dans le hameau de Pieve, est un édifice religieux emblématique du Cap Corse. Construite au XIIe siècle dans un style roman pisan, elle servait de centre spirituel à l’ancienne piève de Canari. Son appareil en dalles de schiste vert, extraites de la carrière proche de San Guglielmu, et ses joints vifs bien appareillés témoignent d’un savoir-faire artisanal remarquable. La nef originale, couverte de lauzes, se terminait par un chœur semi-circulaire voûté en demi-coupole, partiellement effondré en 1994.
Au XVIIe siècle, l’église subit d’importants remaniements : deux chapelles latérales furent ajoutées, le chœur roman remplacé par un chœur carré, et la nef voûtée. Ces modifications, bien que défigurant partiellement l’édifice d’origine, reflètent les évolutions liturgiques et esthétiques de l’époque baroque. La façade nord conserve une pierre commémorative en caractères gothiques, presque illisible, tandis que le linteau de la porte ouest, finement ciselé, arbore des motifs végétaux stylisés. Une corniche ornée de sculptures préromanes (masques humains, têtes de béliers, feuilles) court le long des murs extérieurs, soulignant le mélange des époques.
L’église était au cœur de la vie religieuse et sociale de Canari, piève dépendant autrefois de l’évêché de Nebbiu. Son campanile, construit au XVIIe siècle à 305 mètres d’altitude, servait d’amer pour les marins et dominait le paysage jusqu’au golfe de Saint-Florent. À proximité, les fouilles archéologiques ont révélé les vestiges d’une abside préromane, attestant d’une occupation religieuse antérieure. L’édifice, inscrit aux Monuments historiques en 1995, abrite encore un tableau du XVIIe siècle classé, représentant Un saint ressuscitant un enfant, ainsi qu’une plaque commémorative de 1468 en latin, évoquant un miracle lié à sa construction.
Le contexte historique de Canari, marqué par des conflits seigneuriaux (famille Avogari-Gentile, Cenci) et des invasions (Génois, Barbaresques), a influencé le développement de l’église. Au Moyen Âge, Canari était un siège seigneurial stratégique, avant d’être rasé en 1554 par Andrea Doria en représailles contre les partisans de Sampiero Corso. La reconstruction et les ajouts du XVIIe siècle coïncident avec une période de relative stabilité sous l’administration génoise, puis française après 1768. L’église, symbole de résilience, reste un lieu de pèlerinage lors de la fête de l’Assomption (15 août), où une procession aux flambeaux honore la Madonna.
Le patrimoine environnant, comme le couvent Saint-François (XVIe siècle) ou les chapelles dispersées dans les hameaux (Santa Maria Annunziata à Vignale, San Roccu à Olmi), souligne l’importance religieuse de Canari. La région, marquée par une économie agro-pastorale (cédrats, vignes, oliviers) et minière (carrière d’amiante fermée en 1965), a vu son paysage transformé par les terrasses (trasti) et les murs en pierre sèche. L’église Santa Maria Assunta, par son architecture et son histoire, incarne cette symbiose entre foi, pouvoir seigneurial et vie communautaire dans le Cap Corse.