Patrimoine classé
Les parties de l’enceinte urbaine fortifiée, entre la place du Maréchal Foch et la rue de Juillet, à savoir l’ensemble des vestiges en élévation ou enfouis, avec leurs sols d’implantation, de l’enceinte proprement dite (tours, courtines…) et des anciens fossés, figurant d’une part au cadastre, section AC, parcelles n°43, 47 à 52, 58 à 62, 654, 864 à 866, 1156, 1157, 1208, 1210, 1219 à 1222, et d’autre part dans la partie, non cadastrée, de la rue des Portes Mordelaises comprise entre la porte elle-même et la rue de Juillet, selon délimitation du plan annexé à l’arrêté : inscription par arrêté du 15 octobre 2018.
Personnages clés
| Jean V - Duc de Bretagne (1399-1442) |
Ordonne l’extension des remparts au XVᵉ. |
| Arthur de Richemont - Connétable de Bretagne |
Conseille Jean V pour les fortifications. |
| Geoffroy Grenonat - Comte de Rennes (XIᵉ siècle) |
Renforce les défenses vers Saint-Georges. |
| Pierre Mauclerc - Baillistre de Bretagne (XIIIᵉ siècle) |
Ajoute des fossés (fossés Gahier). |
| Jean-Claude Meuret - Historien moderne |
Qualifie l’enceinte de *castrum* romain. |
| Henri IV - Roi de France (1589-1610) |
Ordone la destruction partielle (1602). |
Origine et histoire
Les remparts de Rennes sont une série de trois enceintes successives construites entre la fin du IIIe siècle et le XVe siècle pour protéger la ville, alors appelée Condate à l’époque gallo-romaine. La première enceinte, érigée en réaction aux troubles de l’Empire romain, délimitait la Vieille Cité sur 9 hectares. Construite en briques rouges et granit, elle valait à Rennes le surnom d’Urbs rubra (« la ville rouge »). Ses murs, hauts de 6 mètres et ornés de motifs géométriques, étaient renforcés par des pieux le long de la Vilaine. Quatre portes principales et quatorze tours (selon les hypothèses archéologiques) structuraient cet ouvrage, entretenu jusqu’au Moyen Âge malgré les sièges subis, comme celui de Nominoë vers 845-850.
Au XVe siècle, la croissance démographique et les menaces des routiers poussent le duc Jean V, conseillé par Arthur de Richemont, à étendre les défenses. Deux nouvelles enceintes sont bâties entre 1421 et 1476, portant la surface fortifiée à 14 hectares. La Ville Neuve à l’est et la Nouvelle Ville au sud de la Vilaine sont protégées par des murs de 8 mètres, des tours adaptées à l’artillerie, et des boulevards (bastions ovales). Cependant, la troisième enceinte, mal construite, se fissure dès 1460. Un projet de quatrième enceinte en 1485 est abandonné pour des raisons financières. Les remparts, devenus obsolètes après l’union de la Bretagne à la France, sont progressivement démolis dès le XVIe siècle.
Aujourd’hui, il ne reste que 30 % de la première enceinte, principalement au nord de la Vilaine, avec des vestiges visibles entre la place du Maréchal-Foch et la rue de Juillet (portes Mordelaises, tour Duchesne). Ces fragments, inscrits aux Monuments Historiques en 2018, font l’objet de fouilles et de projets de mise en valeur depuis 2012. Les douves ont été partiellement aménagées en jardin, et un circuit touristique longe les vestiges. La plupart des autres sections ont disparu, vendues ou détruites après l’édit de Henri IV (1602) autorisant leur démolition.
Les remparts illustrent l’évolution défensive de Rennes, marquée par des adaptations aux menaces (invasions, artillerie) et aux enjeux politiques (duché de Bretagne, royaume de France). Leur construction reflète aussi les tensions sociales, comme en témoignent les impôts levés pour financer les travaux, dont le billot sur le vin. Les fouilles archéologiques récentes ont permis de préciser leur tracé et leurs techniques de construction, révélant des portions enfouies sous la voirie ou dans des cours privées.