Origine et histoire de l'enceinte gallo-romaine
L'enceinte gallo-romaine de Tours, appelée « enceinte du castrum », fut édifiée dans la première moitié du IVe siècle pour protéger la Civitas Turonorum (actuel quartier de la cathédrale). Construite en réponse à l'insécurité croissante en Gaule, elle intégrait l'amphithéâtre romain comme bastion sud, utilisant massivement des matériaux de réemploi (blocs sculptés, colonnes, stèles funéraires) prélevés sur des monuments antérieurs. Son périmètre de 1 245 mètres était renforcé par une quinzaine de tours et plusieurs portes, dont deux poternes encore visibles aujourd’hui.
La muraille, large de 4 à 4,90 mètres et haute d’environ 8 mètres (hors crénelage), était construite en opus mixtum (alternance de moellons et briques), une technique typique du Bas-Empire. Les fouilles archéologiques (1974–1978, 1980–1982) ont révélé sa structure interne : un noyau de blocage en pierre et mortier, encadré par des parements soignés. Les tours, majoritairement circulaires (diamètre 9 à 11 mètres), abritaient des étages accessibles depuis le chemin de ronde. L’enceinte fut partiellement inscrite aux monuments historiques en 1927.
L’amphithéâtre, transformé en porte monumentale, joua un rôle clé dans la conception du castrum, dont le tracé trapézoïdal (9 hectares) épousait les contraintes topographiques et la Loire au nord. La ville intra-muros abritait probablement des représentants du pouvoir administratif au nord et des édifices religieux au sud (cathédrale primitive, basilique Saint-Martin). Après les raids normands (IXe–Xe siècles), l’enceinte fut réparée sous Charles le Chauve (869) et intégrée aux fortifications médiévales jusqu’au XVIe siècle.
Les vestiges accessibles aujourd’hui incluent des portions de courtine (rue des Ursulines, quai André-Malraux), des tours (tour de l’Archevêché, tour du Petit-Cupidon), et des fondations visibles au Musée des Beaux-Arts. Les poternes du sud-est (jardin des Vikings) et du nord-ouest conservent leurs dallages d’origine. Malgré des restaurations successives, l’enceinte reste un témoignage rare de l’urbanisme défensif tardo-antique en Gaule, marqué par une planification rigoureuse et une réutilisation systématique des matériaux.
Les études archéologiques (Galinié, Wood, Seigne) ont permis de reconstituer son évolution, depuis sa construction au IVe siècle jusqu’à son abandon progressif après le Moyen Âge. Les fouilles du « site 3 » (1974–1978) ont notamment révélé les thermes du Haut-Empire réaménagés, tandis que les prospections géophysiques (années 2000) ont confirmé l’existence d’une porte nord et d’un pont sur la Loire. L’enceinte illustre ainsi la transition entre la ville antique ouverte (Caesarodunum) et la cité médiévale fortifiée.
Son inscription partielle au titre des monuments historiques (1927) souligne son importance patrimoniale. Les vestiges, libres d’accès, offrent un aperçu unique de l’architecture militaire gallo-romaine, où se mêlent héritage antique (réemplois, amphithéâtre) et innovations tardo-antiques (tours crénelées, opus mixtum).