Crédit photo : Cristian Bortes from Cluj-Napoca, Romania - Sous licence Creative Commons
Frise chronologique
1906
Accident de Pierre Curie
Accident de Pierre Curie
1906 (≈ 1906)
Déclencheur des réflexions sur la reconstruction.
1923
Premier avant-projet
Premier avant-projet
1923 (≈ 1923)
Début de l’élaboration architecturale.
1929-1932
Construction des immeubles
Construction des immeubles
1929-1932 (≈ 1931)
Réalisation par Marrast et Chalumeau.
19 juillet 2023
Inscription aux Monuments Historiques
Inscription aux Monuments Historiques
19 juillet 2023 (≈ 2023)
Protection des façades et intérieurs remarquables.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les parties suivantes de l’ensemble d’immeubles du Carrefour Curie, situé sur les parcelles n° 84, 85, 121 et 147, figurant au cadastre section AC, tel que délimités sur les plans annexés à l’arrêté : les façades extérieures, y compris la voûte de l’arche enjambant la rue de Nevers, et les toitures ; les quatre halls d’entrée et les quatre cages des escaliers principaux, avec leurs ascenseurs ; les deux cages des escaliers secondaires, accessibles par le 57 quai des Grands-Augustins et le 3 quai de Conti ; les pièces principales de l’appartement du cinquième étage du 2-4 rue de Nevers (l’entrée, la salle à manger, le grand salon, le bureau, le petit salon et le bureau ou chambre, actuellement salon) : inscription par arrêté du 19 juillet 2023
Personnages clés
| Joseph Marrast - Architecte |
Concepteur de l’ensemble entre 1929 et 1932. |
| Eugène Chalumeau - Entrepreneur et commanditaire |
Responsable de la construction et financeur principal. |
| Raymond Subes - Ferronnier d’art |
Auteur des garde-corps et portes en ferronnerie. |
| Carlo Sarrabezolles - Sculpteur |
Créateur du relief *À la gloire de la Seine*. |
| Pierre Curie - Scientifique (victoire indirecte) |
Son accident en 1906 motiva la reconstruction. |
Origine et histoire
L’ensemble d’immeubles du Carrefour Curie, situé à Paris 6e arrondissement, a été édifié entre 1929 et 1932 par l’architecte Joseph Marrast et l’entrepreneur Eugène Chalumeau, qui en était aussi le principal commanditaire. Ce projet s’inscrit dans une longue réflexion urbaine déclenchée par l’accident mortel de Pierre Curie en 1906 au même carrefour, jugée dangereux. Les deux immeubles asymétriques, aux façades enduites de ciment et rehaussées de briques, adoptent un tracé courbe caractéristique. Leur disposition encadre la rue Dauphine et dialogue avec les quais de Seine, face au Pont Neuf et à la pointe de l’île de la Cité.
Le bâtiment ouest, le plus imposant, s’inspire des places royales classiques comme la place Vendôme à Paris ou la place de la Bourse à Bordeaux. Son corps central, dominant la rue de Nevers avec une toiture en pavillon et un fronton sculpté, abrite un relief en béton de Carlo Sarrabezolles intitulé À la gloire de la Seine. Les intérieurs, organisés selon la tradition haussmannienne, séparent pièces de réception et espaces privés. La structure en béton armé a permis une grande régularité des appartements, malgré l’irrégularité du plan d’ensemble.
Les éléments décoratifs, comme les garde-corps métalliques et les portes en ferronnerie, sont l’œuvre des ateliers Borderel et Robert, sous la direction artistique de Raymond Subes. Ce dernier avait déjà collaboré à des projets Art déco majeurs. L’ensemble, inscrit aux Monuments Historiques en 2023, illustre l’évolution de l’architecture parisienne entre tradition classique et modernité technique, tout en répondant à un enjeu urbain de sécurité et d’embellissement.
Le projet a connu une élaboration complexe : un premier avant-projet date de 1923, mais la reconstruction des bâtiments existants, destinés à réduire la dangerosité du carrefour, remonte aux discussions suivant l’accident de Pierre Curie. Les matériaux innovants pour l’époque, comme le béton estampé ou les ascenseurs intégrés aux cages d’escalier en bois, témoignent d’une volonté de concilier confort moderne et esthétique patrimoniale.
Les escaliers principaux, en vis avec un jour central, desservent majoritairement un grand appartement par étage, selon une distribution typique de l’habitat bourgeois parisien. Les halls d’entrée, aux murs de briques et voûtes en plein-cintre, mêlent influences médiévales et Art déco. Les pièces protégées incluent aujourd’hui les façades, les toitures, les halls, les cages d’escalier, et certains appartements du 5e étage, préservant ainsi l’intégrité de cet ensemble architectural unique.