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Ensemble industriel des forges de Baudin (également sur commune de Sellières) à Toulouse-le-Château dans le Jura

Jura

Ensemble industriel des forges de Baudin (également sur commune de Sellières)

    311 Rue de la Vaudriere
    39230 Toulouse-le-Château
Crédit photo : Oeil Comtois - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1800
1900
2000
1794
Fondation des forges
1828
Extensions majeures
1853–1854
Construction de la chapelle
1874
Arrêt du haut fourneau
1959
Fermeture définitive
1993
Classement Monument Historique
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

1. Chapelle de Baudin (cad. Toulouse-le-Château AI 278) : classement par arrêté du 5 juillet 1993 - 2. Château des forges de Baudin : façades et toitures de l'ensemble des bâtiments ; logis ; serre ; mur de soutènement du potager, longeant le chemin qui forme l'avenue du château, y compris la statue de Saint-Lothain ; parc avec le canal et les deux ponts (cad. Toulouse-le-Château AI 275 à 277 ; Sellières AI 3, 4, 6) : inscription par arrêté du 22 novembre 1993 - 3. Forges de Baudin : façades et toitures de l'ensemble des bâtiments ; cheminées à chaque étage du grand bâtiment de logements ouvriers ; bureau du directeur, foyer, cheminée et plancher de la coopérative au rez-de-chaussée du bâtiment de direction ; salle décorée au rez-de-chaussée et salle traversante à l'étage du presbytère ; sols des parcelles AI 324 et 325 sur Toulouse-le-Château et ZE 75 sur Sellières ; cimetière ; oratoire de la Vierge à l'intersection du chemin départemental numéro 475 et de la voie communale numéro 12 de Toulouse-le-Château ; croix de chemin à l'intersection des voies communales numéros 2 et 4 de Toulouse-le-Château (cad. Toulouse-le-Château AI 324, 325, 280 et non cadastré-domaine public ; Sellières ZE 73, AI 5) : inscription par arrêté du 30 novembre 1993

Personnages clés

Claude-Étienne Jobez (1745–1830) - Fondateur et député Créa les forges en 1794.
Étienne Monnier (1764–1849) - Modernisateur et gendre Développa l’usine au XIXe siècle.
Edmond Monnier (1812–1885) - Maître de forges innovant Modèle social inspiré du fouriérisme.
André Monnier (1851–1933) - Spécialiste de l’émail Dirigea la production de cuisinières émaillées.
Laurent Monnier (1888–1975) - Dernier maître de forges Collabora avec F.L. Schmied pour des émaux artistiques.

Origine et histoire

Les Forges de Baudin, situées à cheval sur Toulouse-le-Château et Sellières dans le Jura, furent fondées en 1794 par le transfert d’un haut fourneau depuis Frontenay vers le moulin médiéval de Baudin, au bord de la Brenne. Bien que surnommées « forges », il s’agissait en réalité d’une fonderie spécialisée dans la coulée de fonte en moules, produisant objets ménagers, éléments décoratifs (balcons, croix) et équipements publics comme les fontaines ornant encore des places jurassiennes. Le site, racheté en 1794 par Claude-Joseph Morel et Claude Jobez, devint propriété exclusive de la famille Jobez-Monnier, qui le dirige jusqu’à sa fermeture en 1959.

À son apogée au XIXe siècle, l’usine employait plus de 200 ouvriers et produisait 1 500 tonnes de fonte annuellement (1850), se classant parmi les trois premiers établissements industriels du Jura. Des extensions majeures eurent lieu vers 1828, incluant logements ouvriers, hangar, et une machine à vapeur pour pallier les pénuries d’eau de la Brenne. Sous l’impulsion d’Edmond Monnier (maître de forges de 1849 à 1885), le site adopta un modèle social pionnier : logements gratuits avec jardins, chauffage, soins médicaux, école obligatoire et coopérative ouvrière avec monnaie locale.

La chapelle néogothique (1853–1854), dotée d’un orgue Ducroquet, et le château patronal (vers 1865) symbolisent cette prospérité. Cependant, la concurrence anglaise dans les années 1860 força l’arrêt du haut fourneau en 1874. L’usine se reconvertit alors dans la fonte émaillée (cuisinières, jouets « Baby Baudin », émaux artistiques comme le Chevalier Normand du paquebot Normandie). Malgré des efforts commerciaux au XXe siècle, elle ferma en 1959, victime d’un manque de modernisation.

Une partie des bâtiments (logements ouvriers, château, chapelle classée en 1993) fut préservée, tandis que les ateliers furent rasés dans les années 1970. Aujourd’hui, le site, racheté en 2022 par des descendants des maîtres de forges, bénéficie d’une réhabilitation partielle (salle de réception inaugurée en 2024) et du soutien de la Mission Bern (lauréat 2024 du Loto du Patrimoine). Un fonds d’archives de 60 mètres linéaires (1686–1961), donné aux Archives départementales du Jura, documente son histoire.

Les maîtres de forges marquants incluent Claude-Étienne Jobez (fondateur, député du Jura en 1815), Étienne Monnier (modernisateur, avocat), et Edmond Monnier (inspiré par le fouriérisme), dont les innovations sociales firent de Baudin un modèle. André Monnier spécialisa la production dans l’émail, tandis que Laurent Monnier collabora avec l’artiste F.L. Schmied pour des fresques émaillées, comme celle du Normandie, aujourd’hui à New York.

Le site, aujourd’hui propriété privée et communale, allie patrimoine industriel et mémoire sociale. Son musée (fermé en 2018) pourrait renaître, tandis que la chapelle, le château néo-gothique et les logements ouvriers témoignent de cette époque où l’industrie rythmait la vie de centaines de familles jurassiennes.

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