Origine et histoire de l'Entrepôt Lainé
L’Entrepôt Lainé, initialement nommé Entrepôt réel des denrées coloniales, fut construit entre 1822 et 1824 par l’architecte Claude Deschamps à Bordeaux. Commandité par la Chambre de commerce et les Douanes, il servait au stockage sous douane des marchandises coloniales (sucre, café, coton) issues du travail des esclaves jusqu’en 1848. Son emplacement, libéré par la destruction du château Trompette en 1820, symbolisait la relance économique post-napoléonienne du port, alors en déclin après la perte de Saint-Domingue.
Le bâtiment, inspiré des basiliques romaines et des caravansérails orientaux, se distingue par sa structure en pierre de Bourg, briques et bois d’Oregon. Sa façade principale, aujourd’hui masquée par la Bourse maritime (1921-1925), présentait trois arcades monumentales ouvrant sur un porche voûté. Un second entrepôt, l’Entrepôt Vauban, fut ajouté en 1847 par Jean Burguet, mais détruit en 1965 pour laisser place à la Maison du Paysan. Le régime douanier avantageux de l’entrepôt permettait aux négociants bordelais de suspendre droits et taxes indéfiniment.
Classé Monument historique en 1973 après une campagne de sauvegarde menée par Anne Claverie et Nicole Schÿler, avec l’appui du maire Jacques Chaban-Delmas, l’Entrepôt Lainé fut reconverti en 1975 en CAPC (Musée d’art contemporain) et en 1980 en siège d’Arc en rêve, centre d’architecture. Des rénovations menées par Denis Valode, Jean Pistre et Andrée Putman jusqu’en 1990 préservèrent sa structure d’origine. En 2024, un espace mémoriel y rappellera son lien avec l’esclavage, à l’initiative de l’association Mémoires & Partages.
L’édifice trapézoïdal, aux façades identiques hormis l’entrée est, combine nefs centrales, voûtes d’arêtes et terrasses. Ses trois niveaux, accessibles par des escaliers dont un à vis de Saint-Gilles, reflètent une organisation rigoureuse pour le stockage. La cour latérale, couverte d’une verrière, et les arcades intérieures en plein cintre soulignent son inspiration gallo-romaine. Aujourd’hui propriété publique, il abrite aussi des bureaux et reste un témoignage architectural du commerce triangulaire.
Le nom Lainé rend hommage au vicomte Joseph-Louis-Joachim Lainé, ministre de Louis XVIII, qui soutint le projet en 1818. La place adjacente, entre l’entrepôt et les quais, porte son nom. Le site, situé entre les rues Foy, Ferrère et le cours Xavier-Arnozan, fut un pivot du commerce européen jusqu’au XXe siècle, avant d’être supplanté par les nouvelles infrastructures portuaires. Son inscription aux Monuments historiques en 1973 marqua un tournant dans la préservation du patrimoine industriel bordelais.