Origine et histoire de l'Éperon barré
Larina, ou éperon barré de Hières-sur-Amby, est un site archéologique majeur situé sur un éperon rocheux dominant le Rhône de 200 mètres, dans le nord de l’Isère. Occupé dès le Néolithique récent, il devient un oppidum allobroge à l’Âge du fer, entouré d’un rempart de 950 m délimitant 21 hectares. Le site, classé monument historique en 1983, révèle des traces d’habitats, de sanctuaires et de nécropoles, ainsi que des vestiges de carrières exploitées dès le début du XXe siècle.
Pendant l’Âge du bronze final, le site abrite des cabanes et fosses, avec un possible premier rempart. À l’Âge du fer laténien, il se transforme en oppidum allobroge, lieu de rassemblements et de marchés, associé à un sanctuaire celtique. Les fouilles ont mis au jour des dépôts funéraires (armes, céramiques) dans des cheminées de falaise, comme le « Trou de la Chuire ». Le site est abandonné au début de la Gaule romaine, avant la construction d’un sanctuaire dédié à Mercure au IIIe siècle.
À l’Antiquité tardive (IVe–Ve siècles), un établissement agricole réoccupe le plateau, avec des cabanes en bois et torchis, une nécropole (« La Motte 1 »), puis un village de 16 édifices en torchis, incluant un fanum (temple traditionnel). Une seconde nécropole (« La Motte 2 ») s’y ajoute, avec des tombes en coffres de lauzes. Parmi elles, une sépulture atypique suggère un traitement post-mortem violent (décapitation, pieds liés), peut-être lié à une personne craint.
Au VIe siècle, le site évolue en une villa burgonde autonome, avec un vaste bâtiment en pierre de 1 500 m2, des étables et des ateliers. Les bâtiments antérieurs sont arasés ou incendiés, et une église funéraire (« Mollard 1 ») est construite pour les nouveaux occupants. Entre le VIe et le VIIIe siècle, le site devient un castrum mérovingien, avec un rempart reconstruit en moellons et mortier de chaux, intégrant des blocs antiques. Le mobilier métallique révèle alors une influence septentrionale, avec une population de guerriers francs.
Le site est définitivement abandonné au VIIIe siècle, après un déménagement volontaire des outils et des autels. Les murs s’effondrent faute d’entretien, et de nouveaux établissements se développent dans la plaine. Aujourd’hui, le site est partagé entre les communes d’Annoisin-Chatelans et Hières-sur-Amby. Un parc archéologique et la Maison du Patrimoine à Hières-sur-Amby exposent les résultats de 18 ans de fouilles (1977–1995), menées initialement par le père Nicolet, puis par des archéologues professionnels sous la direction de Patrick Porte.
Les fouilles ont révélé une occupation multiforme : habitat sporadique au Néolithique, oppidum allobroge, sanctuaire gallo-romain, village tardo-antique, villa burgonde et castrum mérovingien. Le site illustre ainsi près de 3 000 ans d’histoire, marqué par des transformations architecturales et culturelles, des échanges commerciaux et des pratiques funéraires variées. Les dégradations causées par les carrières au XXe siècle ont partiellement altéré le site, mais son classement et sa mise en valeur en ont fait un témoignage clé de l’histoire régionale.