Origine et histoire
L’ermitage Sainte-Catherine, classé aux monuments historiques en 1987, est un site troglodytique médiéval creusé dans la falaise calcaire de Lormont, sur la rive droite de la Garonne. Son origine remonte au moins au IXe siècle, avec une occupation par des ermites dans un boyau naturel, mais sa première mention archivistique date de 1386. Dédié à sainte Catherine d’Alexandrie, patronne des mariniers, il était un lieu de dévotion pour les pèlerins de Saint-Jacques, les femmes venants y faire des vœux, et les marins déposant des ex-voto. Son histoire est liée à celle des Carmes de Bordeaux, qui en prirent possession en 1446.
Au XVe siècle, l’ermitage fut réaménagé avec la construction d’une voûte pour la chapelle et d’autres bâtiments, aujourd’hui détruits. Il subit un incendie en 1570 pendant les guerres de Religion, puis fut usurpé par un clerc séculier à la fin du XVIe siècle avant d’être récupéré par les Carmes en 1614. Une restauration majeure eut lieu entre 1665 et 1671, financée par Arnaud de Pontac, premier président du Parlement de Bordeaux, et sa veuve Louise de Thou. Le site fut alors doté d’une chapelle ornée d’un retable sculpté représentant le Mariage mystique de sainte Catherine, de cellules pour ermites, et d’une fontaine reconstruite au XVIIe siècle.
L’ermitage abritait au XVIIe siècle des figures spirituelles comme Maur de l’Enfant-Jésus, provincial des Carmes, qui y vécut vingt ans (1671-1690) et y écrivit une partie de son œuvre. Après son abandon progressif à partir du XVIIIe siècle, il fut vendu comme bien national en 1791, puis partiellement détruit par des éboulements et la construction de la voie ferrée Bordeaux-Paris au XIXe siècle. Les ruines, incluant des fosses funéraires et des salles effondrées, furent restaurées dans les années 1980 par l’association Les Amis du Vieux Lormont, qui mit au jour des ossements et des monnaies. Aujourd’hui, le site est un parc public offrant une vue sur la Garonne.
Architecturalement, l’ermitage se compose de cinq zones troglodytiques : la chapelle (zone 2), avec son berceau brisé orné de caissons végétaux et son retable baroque ; deux salles latérales communiquant avec elle ; une cave voûtée (zone 3) ; un couloir souterrain (zone 4) ; et une salle abritant une citerne (zone 5). Les décors intérieurs, comme les caissons floraux et l’écusson des Carmes, datent du XVIIe siècle. La fontaine, reconstruite entre les abris, présente des niches et des moulures caractéristiques de l’époque.
Le site illustre l’importance des ermitages fluviaux en Guyenne médiévale, liés aux activités maritimes et aux pèlerinages. Son déclin s’explique par les conflits religieux, les transformations du paysage (voie ferrée, urbanisation), et la sécularisation post-révolutionnaire. Malgré son état de ruines, il reste un témoignage rare de l’architecture rupestre monastique en Nouvelle-Aquitaine, associé à des personnages comme Maur de l’Enfant-Jésus et Arnaud de Pontac.