Origine et histoire de l'Escalier
L'escalier monumental d'Auch est une voie piétonne emblématique du XIXe siècle, située dans la préfecture du Gers, en Occitanie. Construit entre 1858 et 1863 sous l'impulsion du préfet Paul Féart et de l'archevêque Antoine de Salinis, il vise à moderniser la ville après les tensions politiques de 1851. L'ouvrage, composé de 374 marches en pierre calcaire locale, relie la place Salinis près de la cathédrale Sainte-Marie au boulevard Sadi-Carnot, enjambant un dénivelé de 35 mètres. Son architecture, inspirée des escaliers italiens comme ceux de la villa Garzoni, intègre terrasses, fontaines et jardins, tout en mettant en valeur le patrimoine gascon.
Le projet naît dans un contexte de réconciliation sociale après la répression des insurgés auscitains en 1851, où 338 habitants furent déportés en Algérie. Le préfet Féart propose des grands travaux pour embellir Auch et créer des emplois, incluant l'adduction d'eau, l'éclairage au gaz, et le dégagement de la cathédrale. L'escalier, inauguré en 1863, devient un symbole de cette transformation urbaine, bien que sa fragilité structurelle (matériaux friables, inondations de 1897 et 1977) nécessite des restaurations ultérieures. Les pierres proviennent des carrières du Serrot et des bâtiments démolis, comme l'ancienne chanoinie.
Classé monument historique en 1994 et site remarquable dès 1943, l'escalier monumental intègre des éléments artistiques comme la statue de d'Artagnan (1931) par Firmin Michelet ou L'Observatoire du temps de Jaume Plensa, commémorant les inondations de 1977. Ses volées convergentes et divergentes, ses balustrades et ses terrasses en font un chef-d'œuvre d'urbanisme du Second Empire, tout en servant de lien social entre les quartiers haut et bas. Les matériaux locaux, comme la pierre blonde du Gers, et les plantations récentes (vignes de Saint-Mont, arbres de Judée) renforcent son ancrage gascon.
L'escalier s'inspire stylistiquement d'autres ouvrages européens, comme ceux du Bom Jesus au Portugal ou de la gare Saint-Charles à Marseille, mais s'en distingue par son intégration paysagère et son rôle historique. Les travaux de réhabilitation, soutenus par la Fondation du patrimoine depuis 2009, visent à préserver ce monument fragile, témoin des ambitions urbanistiques du XIXe siècle et de la résilience d'Auch. Son classement protège non seulement la structure, mais aussi ses abords, incluant la place Salinis et les jardins en terrasses.
Au-delà de sa fonction pratique, l'escalier monumental incarne la mémoire collective auscitaine, des révoltes de 1851 aux catastrophes naturelles. Il illustre aussi l'alliance entre pouvoir politique (le préfet Féart), religieux (Mgr de Salinis) et technique (l'architecte Léopold Gentil), bien que ce dernier n'ait pas vu son projet initial réalisé. Aujourd'hui, il reste un lieu de promenade et de contemplation, offrant une vue panoramique sur la basse-ville et le fleuve Gers, tout en célébrant l'identité gasconne à travers des figures comme d'Artagnan.