Origine et histoire de la Faculté de médecine
La faculté de médecine de Montpellier, créée en 1220 par le cardinal Conrad d'Urach sous l’autorité papale, est la plus ancienne université médicale encore en activité. Son origine remonte à un édit de 1181 du seigneur Guilhem VIII, autorisant l’enseignement libre de la médecine, attirant des savants juifs, arabes et chrétiens dans une ville carrefour entre l’Espagne et l’Italie. Ces échanges culturels, favorisés par le port de Lattes et les privilèges commerciaux avec le monde musulman, firent de Montpellier un pôle médical majeur en Europe médiévale.
En 1220, la bulle papale officialise l’universitas medicorum, encadrant un enseignement jusqu’alors informel et dérégulé. Ce cadre juridique, inspiré par la lutte contre l’hérésie cathare, élève la médecine au rang de science universitaire, une révolution pour l’Église. Les statuts de 1220 définissent les droits des maîtres et étudiants, tandis que l’absence de locaux dédiés pousse les cours à se tenir dans les domiciles privés ou les églises, comme Saint-Firmin. L’enseignement allie théorie (lecture des textes antiques) et pratique clinique au chevet des malades, une méthode héritée de la tradition arabo-persane.
Le XIVe siècle marque un tournant avec la construction des premiers bâtiments universitaires sous le pape Urbain V : le collège des Douze Médecins (1369) et le collège-monastère Saint-Benoît-Saint-Germain (1367), futur siège de la faculté. Ce monastère bénédictin, transformé en évêché en 1536, devient le bâtiment historique de la faculté en 1795 après sa confiscation révolutionnaire. Son amphithéâtre d’anatomie (1806), ses salons d’apparat du XVIIIe siècle, et sa bibliothèque encyclopédique (1804) témoignent de son prestige.
La Renaissance consacre Montpellier comme un phare européen de la médecine, avec des figures comme Rabelais (diplômé en 1537) ou Rondelet, pionnier de l’anatomie et de la botanique. Le Jardin des Plantes (1593), premier de France, et l’amphithéâtre d’anatomie (1556) symbolisent cette innovation. Les guerres de Religion et la Révolution (fermeture des universités en 1792) n’interrompent pas son activité : l’école de santé, créée en 1794, perpétue l’enseignement en clandestinité, avant de devenir faculté impériale en 1808.
Au XIXe siècle, la faculté s’enrichit d’un musée d’anatomie (1851), d’un musée des Beaux-Arts (musée Atger, 1813), et d’une bibliothèque comptant 100 000 ouvrages, dont des manuscrits médiévaux. Les femmes y accèdent dès 1878 (Agnès McLaren), tandis que des découvertes majeures, comme les transfusions sanguines (Émile Jeanbrau, 1914), y voient le jour. Classé monument historique en 2004, le bâtiment abrite encore des soutenances de thèses et des collections patrimoniales, tout en s’étendant vers un campus moderne (2017).