Origine et histoire du Fanum des Châteliers
Le fanum des Châteliers est un temple d’inspiration celto-romaine, construit au Ier siècle sur l’oppidum des Châteliers à Amboise (Indre-et-Loire). Il se compose d’une cella carrée entourée d’une galerie, au centre d’un péribole de 45 mètres de côté. Ce temple « à plan centré » repose sur des structures plus anciennes, datant peut-être du dernier tiers du Ier siècle av. J.-C., comme l’attestent une pièce de monnaie et un fragment de poterie retrouvés dans un sol lié au monument, daté entre 9 et 16 ap. J.-C.. Ses vestiges, inscrits en 1987, révèlent des enduits peints colorés, une mosaïque, et des colonnes partiellement récupérées après son abandon.
L’oppidum des Châteliers, éperon dominant la confluence de la Loire et de l’Amasse, était un site stratégique occupé depuis le Néolithique. À La Tène finale, il devient un oppidum de 50 hectares, probablement capitale des Turones (peuple gaulois), avec une intense activité artisanale, cultuelle et politique. La Butte de César, tumulus de l’âge du bronze, en occupe le centre. Le fanum, positionné au nord-ouest de cette butte, s’inscrit dans un espace sacré de 3 hectares incluant deux autres temples mineurs et un édifice public, suggérant une zone dédiée aux pratiques religieuses et communautaires.
La première mention écrite du site date du IVe siècle, dans la Vie de saint Martin de Sulpice-Sévère, évoquant la destruction d’un temple païen par l’évêque de Tours. Redécouvert en 1980 lors de travaux urgents, le fanum a subi des dégradations (réseaux illicites entre 1981-1986) avant son inscription. Des fouilles (1995, 2005-2008) ont révélé son architecture monumentale, ses décors luxueux, et son démantèlement systématique au IIe siècle, ses matériaux étant récupérés. Le site est aujourd’hui une réserve archéologique protégée.
Le mur nord du péribole, renforcé par des arcs de décharge, témoigne d’une ingénierie avancée pour contrer la poussée des terres. Des vases intacts y furent déposés, probablement lors de rites. Un édifice annexe, situé à l’angle sud-est de la cella, et une structure rectangulaire (peut-être un bassin rituel) complètent l’ensemble. Les niveaux archéologiques les plus récents datent du IIe siècle, mais la période exacte de son abandon reste indéterminée. Les objets de luxe (colonnes, enduits peints) furent méthodiquement récupérés, limitant les vestiges.
Le site des Châteliers illustre la transition entre culture gauloise et romanisation, avec une occupation continue depuis l’âge du bronze. L’oppidum, barré d’un rempart à La Tène finale, était un centre politique et religieux majeur. La concentration de temples et d’édifices publics sur 3 hectares suggère une organisation spatiale sacralisée, tandis que les artéfacts (dépôts rituels) confirment son rôle cultuel. Les fouilles récentes (2015-2016) ont révélé deux autres fana, renforçant l’hypothèse d’un quartier religieux structuré.
La destruction partielle du site dans les années 1970 (construction d’un village vacances sans étude préalable) a irréversiblement altéré son potentiel archéologique. Malgré cela, les campagnes de André Peyrard (1980-1987) et de Jean-Marie Laruaz (2005-2008) ont permis de documenter son évolution, depuis sa fondation augustéenne jusqu’à son déclin au IIe siècle. Aujourd’hui, le fanum et son environnement sont protégés comme réserve archéologique, offrant un témoignage rare des pratiques religieuses celto-romaines en Touraine.