Origine et histoire de la ferme Cal Mateu
La ferme Cal Mateu, construite au début du XVIIIe siècle à Sainte-Léocadie dans les Pyrénées-Orientales, est un exemple typique de l’architecture agricole cerdane. Elle fut un lieu de pouvoir sous l’Ancien Régime, liée à la famille Sicart, viguier de Cerdagne pendant quatre générations, représentant la royauté française pendant un siècle. À la Révolution, elle redevint une exploitation agricole mise en fermage.
En 1810, pendant les guerres napoléoniennes, la ferme fut incendiée puis rachetée par Mateu Riu, un marchand barcelonais, qui en fit sa résidence d’été. Elle prit alors le nom de Cal Mateu (Chez Mathieu en catalan). Des travaux y furent réalisés, comme l’ajout d’épis de faîtage (1826) et d’espantes bruixes (masques en céramique pour éloigner les sorcières) aux angles de la toiture. Ces éléments décoratifs, typiques de la région, symbolisaient une protection contre les mauvais sorts.
L’activité agricole se poursuivit jusqu’en 1994, date à laquelle Jacques et Marie Bragulat, derniers exploitants, prirent leur retraite. Rachatée par la commune en 1982, la ferme fut transformée en musée en 1992, le musée de Cerdagne, après avoir été inscrite aux monuments historiques en 1984. Aujourd’hui, elle illustre à la fois l’histoire rurale locale et les échanges culturels franco-espagnols.
Architecturalement, le domaine s’organise autour d’une cour triangulaire, avec un corps de logis rectangulaire à deux étages et combles. La façade sud présente une galerie de circulation en terrasse, tandis que la toiture, ornée de trois épis de faîtage et d’une girouette fleurdelisée, reflète l’attention portée aux détails symboliques. Les communs, en moellons de schiste et granit, abritaient écuries, granges et remises, témoignant de l’organisation traditionnelle des fermes cerdanes.
La protection du monument, effective depuis le 21 décembre 1984, concerne les façades, toitures et la galerie de circulation. Ces éléments préservent l’authenticité d’un patrimoine rural marqué par les tensions frontalières (traité des Pyrénées, 1659) et les influences catalanes, visibles dans les décors et la toponymie.