Origine et histoire de la ferme d'Éraine
La ferme d'Éraine, située dans le hameau d'Éraine à Bailleul-le-Soc (Oise, Hauts-de-France), est un monument agricole dont les origines remontent au moins au XIVe siècle, avec des transformations majeures aux XVIe et XVIIIe siècles. Elle fait partie des trois fermes historiques de la commune, aux côtés d'Éreuse et de Saint-Julien-le-Pauvre, toutes liées à l'abbaye Notre-Dame d'Ourscamp qui joua un rôle clé dans le défrichement de la région à partir du XIIe siècle. La ferme était initialement intégrée à un vaste domaine boisé, vestige de l'antique forêt de Saint-Wandrille, progressivement converti en terres arables par les moines.
Au Moyen Âge, la seigneurie de Bailleul appartenait à l'abbaye de Saint-Denis, tandis que les terres environnantes, dont Éraine, étaient gérées par les religieux d'Ourscamp. La ferme d'Éraine, comme celles d'Éreuse et d'Éloges, dépendait spirituellement de la paroisse de Bailleul. Au XVIIe siècle, la seigneurie de la Tour-d'Éraine, marquée par une tour carrée caractéristique, passa entre les mains de familles nobles telles que les de la Mothe-Houdancourt, puis les Belleval. Une chapelle dédiée à saint Antoine de Padoue, située près de la ferme, servait occasionnellement de lieu de culte lorsque des conflits empêchaient les offices dans l'église paroissiale.
La Révolution française marqua un tournant pour la ferme : confisquée comme bien national après l'émigration de son propriétaire, le comte Jean-François-Anselme Pasquier de Franclieu, elle fut divisée en 61 lots vendus à des particuliers en 1793. La ferme conservait alors des éléments architecturaux remarquables, tels qu'une grange, une tour carrée, un puits, et des parties du mur d'enceinte antérieur au XIXe siècle, aujourd'hui protégés au titre des monuments historiques depuis 1988. Ces vestiges illustrent l'évolution des techniques agricoles et l'organisation seigneuriale sur plusieurs siècles.
Au XIXe siècle, la ferme d'Éraine, comme le reste de Bailleul-le-Soc, fut marquée par une économie rurale centrée sur l'agriculture et des activités artisanales telles que la couture de gants. Le hameau d'Éraine, organisé autour d'une large rue, abritait 32 maisons en 1890 et était relié au chef-lieu par des routes départementales encore utilisées aujourd'hui. La ferme survécut aux bouleversements des guerres mondiales, notamment lors de la Première Guerre mondiale, où Bailleul-le-Soc servit de cantonnement pour les troupes alliées, devenant une cible occasionnelle de bombardements allemands en 1918.
Aujourd'hui, la ferme d'Éraine, avec sa grange, sa tour, et son portail du XVIIIe siècle, constitue un témoignage architectural et historique majeur de la vie rurale dans les Hauts-de-France. Son inscription aux monuments historiques en 1988 souligne son importance patrimoniale, reflétant à la fois l'héritage monastique médiéval, les transformations seigneuriales des Temps modernes, et les mutations économiques liées à la Révolution industrielle et aux conflits du XXe siècle.