Origine et histoire de la ferme de la Grand-Maison
La ferme de la Grand-Maison, située à Bécon-les-Granits en Maine-et-Loire, est un témoignage architectural du XVIe siècle. Construite en granit doré local, elle se distingue par sa toiture à deux pentes entre des pignons à rondelis, ses cheminées de schiste ardoisier, et ses baies à meneaux finement moulurées. À l’origine située sur la route de Rennes, son accès principal fut inversé après la création d’une nouvelle voie sous Napoléon III. Une tourelle carrée, aujourd’hui réduite, et un puits à margelle ouvragée (autrefois surmonté d’un pavillon angevin en ardoise) complètent cet ensemble.
La Grand-Maison fut d’abord une propriété seigneuriale liée à des familles influentes comme les Ragot, les Bodard (notaires et procureurs fiscaux de la Baronnie de Bécon), et les Scépeaux. Perrine Ragot, héritière au XVIe siècle, y fit célébrer une messe en 1603 dans une chapelle aujourd’hui disparue. Au XVIIe siècle, la ferme devint une auberge, accueillant des personnalités comme le roi Jacques Stuart II d’Angleterre en fuite en 1690, ou un convoi de galériens en 1691. Un fils de contrôleur de la Bouche du Roi y mourut également, hébergé par l’aubergiste veuve Chavrun.
Transformée en exploitation agricole au XIXe siècle après son rachat par la vicomtesse de Scépeaux (1840), la Grand-Maison fut rattachée au domaine du château du Bois-Guignot. Abandonnée en 1962, elle subit des dégradations jusqu’à son inscription aux Monuments Historiques en 1988. Restaurée dans les années 1990, elle retrouva son usage résidentiel en 1992, après 30 ans de déshérence. Son histoire reflète les mutations sociales et économiques de l’Anjou, des seigneurs aux fermiers, en passant par son rôle d’auberge royale.
L’édifice doit son nom à Jeanne de la Marqueraye (morte en 1527), épouse de René Ragot, président de l’élection d’Alençon. Leur fille Perrine Ragot épousa René Garreau, dont la descendance (comme Pierre Bodard, notaire) marqua les lieux jusqu’au XVIIe siècle. Une pierre gravée « Pierre Bodard 1645 » subsiste, témoignant de cette lignée. La famille Neveu, dernière à exploiter la ferme, la quitta en 1962, laissant place à une période de déclin avant sa protection et sa renaissance.
Architecturalement, la Grand-Maison allie robustesse et élégance : murs en granit doré, toitures complexes, et éléments défensifs comme la tourelle. Les matériaux locaux (schiste, ardoise) et les techniques traditionnelles (charpente angevine) soulignent son ancrage territorial. Malgré la disparition de certains éléments (chapelle, pavillon du puits), sa restauration a préservé des détails rares, comme les meneaux retaillés ou les terres cuites d’origine.
Son inscription en 1988 a permis de sauvegarder un patrimoine emblématique du Pays de la Loire, mêlant histoire noble, vie paysanne, et épisodes nationaux (exil de Jacques Stuart II). Aujourd’hui, la ferme incarne la résilience d’un héritage architectural, entre mémoire seigneuriale et adaptation aux usages contemporains.