Origine et histoire de la Filature
La filature Clarenson, située à Elbeuf en Seine-Maritime, est une ancienne manufacture textile édifiée durant la seconde moitié du XVIIIe siècle. Initialement construite en pan de bois et brique, elle s’étendait sur dix-huit travées, mais ne représente aujourd’hui que les trois-quarts de sa taille originelle. Ce bâtiment industriel, typique de l’architecture précoce de la Révolution industrielle, a été surélevé au début du XIXe siècle pour répondre aux besoins croissants de production.
Au début du XIXe siècle, l’usine est dirigée par Georges-Paul Petou, manufacturier originaire de Louviers, qui en devient également le maire d’Elbeuf en 1823. Vers 1840, une machine à vapeur de 20 chevaux et une cheminée en brique sont installées, marquant une modernisation significative. L’activité, initialement axée sur les draps de laine unis, se diversifie sous l’impulsion des associés Clarenson et Lebret à partir de 1880, avec la production de tissus dits nouveautés, primés dans des expositions internationales.
L’usine change plusieurs fois de mains : rachetée en 1853 par Edouard Bellest, elle est ensuite reprise par son fils Henri, associé à Clarenson et Lebret. La société anonyme Bellest Clarenson et Lebret, créée en 1914, perdure jusqu’à la fermeture définitive en 1961. Une partie des ateliers, reconvertie en logements, contraste avec la section est, inscrite aux Monuments Historiques depuis 1994 et en cours de réhabilitation. La cheminée et les structures en fer témoignent encore de son passé industriel.
Le site a connu une activité intense, employant jusqu’à 368 ouvriers en 1889, et exportant une partie de sa production vers l’Extrême-Orient. Les récompenses obtenues aux expositions de Paris (1855, 1889), Londres (1862), ou Vienne (1873) soulignent la qualité de ses articles. Aujourd’hui, l’immeuble abrite une imprimerie dans ses anciens bureaux, tandis que la partie protégée, propriété de la municipalité, attend une restauration complète.
Les transformations techniques, comme l’ajout de chaudières (1879, 1900) ou de métiers mécaniques, reflètent l’évolution des méthodes de production. En 1930, l’usine comptait encore 18 machines à fouler, disparues depuis. Son déclin s’inscrit dans celui de l’industrie textile normande, mais son inscription au patrimoine en 1994 en fait un témoignage majeur de ce pan de l’histoire économique française.